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Full text of "Livre de prières par Gaston Phébus, comte de Foix, 1385, publié par L. de la Brière. Seconde édition"

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. BIBLIOTHÈQUE 
" Les Fontainss ” 
S: J 
B0O — CHANTILLY 


LIVRE DE PRIÈRES 


OUVRAGES PUBLIÉS PAR 
L. DE LA BRIÈRE 


MADAME DE SÉVIGNÉ EN BRETAGNE : Ouvrage 
couronné par l’Académie Française. 

L'AuTRE FRANCE : Voyage au Canada. 

Le CHEMIN N° 107 : Fantaisieadministrative. 

Au CERCLE : Étude sur la haute société d’Eu- 
rope. 

A Rome : Lettres d’un zouave pontifical sur le 
jubilé sacerdotal de Léon XIII. 

BLaxc Er Noir : Contes courts. 

Mes Amis : Souvenirs personnels. 

L'ORDRE DE MALre : le passé, le présent. 

LES SAINTS DANS LE MONDE. 

PENSÉES CHRÉTIENNES DE MADAME DE SÉVIGNÉ. 

MONTAIGNE CHRÉTIEN. 

CoNTES ET SOUVENIRS. 

MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BIGARRÉ. 

CHAMPOLLION INCONNU. 

LA JEUNE Mariée. 

MADAME LoOuISE DE FRANCE. 


LIVRE 


: St is 
> Fr 'riei 
PAR 


GasTon PHÉBUS 


Comte de Foix 


1385 


PusLié par L. DE LA BRIÈRE 


SECONDE ÉDITION 


Primes Er Ho | 
NP AE Fiiuccs. 


sf 


PARIS 
P.-V. STOCK, ÉDITEUR 


Les Fontaine: 
60 - CHANHELY 


8, 9, 10, 11, GALERIE DU THEATRE-FRANÇAIS 


(PALAIS-ROYAL) 


Tous droits réservés 


\. 


Digitized by Google 


DAC EE S ES CEE 


PRÉFACE 


aston Phébus, le chevalier à la 

blonde chevelure, qui régna 

quarante ans sur le Béarn, 

nous a été vanté comme le plus beau et le 
plus brave des princes de son temps. Les 
vieilles chroniques nous ont dépeint ce gen- 
til roi des Pyrénées, à la fois guerrier, 
troubadour et veneur. Elles nous ont dit 
ses violences et ses séductions : Sa riante et 
gracieuse cour d'Orthez ; «le très beau 
chastel qu'il fit faire et édifier, touchant à 
la ville de Pau»; ses festins pompeux 
« qui duraïent jusqu'à quatre heures après 
nones » ; ses conquêtes en tous genres; son 
luth et son épée; son panache et ses fau- 
cons; ses palefrois et ses destriers ; « sa 


VI PRÉFACE 


grand'foison de ménestrels» chantantdes 
rondeaux et virelais. 

Mais si la légende et l’histoire se sont 
complues dans ces brillants souvenirs, on 
connaît moins les graves et religieuses 
pensées qui ont illuminé l'automne d’une 
si rutilante carrière. 

Dans le texte primitif de ces oraïsons, 
la langue encore informe, la construction 
encore latine, et l'orthographe encore in- 
certaine du quatorzième siècle intéres- 
saient surtout les philologues, amis des 
vieux manuscrits. 

C’est pour les profanes, tout au contraire, 
que nous éditons le LivRE DE PRIÈRES. 

IIS trouveront ici, sans doute, le texte 
même de Gaston Phébus, fidèlement res- 
pecté dans son tour archaïque, dans sa sève 
d'antan, dans son vieux langage français, 
à la grâce primesautière et forte; mais le 
texte rendu intelligible, ramené, pour la 
commodité d’une lecture courante, à la 
forme comprise, à l’ordre actuel des mots, 
à l'orthographe usuelle de nos temps: le 
texte ponctué à la moderne, dans l'intérêt 
de la clarté, dégagé des inversions et des 
répétitions, allégé des longueurs et des 


PRÉFACE Vil 


obscurités : le texte divisé, sous des titres 
différents, choisis et disposés comme les 
matières l’indiquaient. 

Ainsi savourera-t-on, nettes et dévoilées, 
sans étude, sans effort, sans travail d'es- 
prit, ces pensées chrétiennes, qui emprun- 
tent une étrange saveur à la personnalité, 
au nom de l’écrivain et à son temps. 

D'une part, ces pages mouillées de lar. 
mes expriment le gémissement de l'âme 
contrite et endolorie : elles répètent, d'autre 
part, les appels du croyant à la miséri- 
corde divine. C’est donc la juste prière du 
pécheur, en tous les temps, la prière bien 
placée sur nos lèvres aujourd’hui, comme 
elle convenait, il y a cinq cents ans, sous 
la plume du pénitent béarnais. 

Après les PRiÈREs du comte de Foix on 
en trouvera quelques autres qui datent des 
siècles suivants. Leur caractère et leur 
forme intéresseront peut-être le lecteur, 
en servant Sa piélé. 


L. De LA BRIÈRE. 


ee 


PREMIÈRE PARTIE 


LIVRE DE PRIÈRES 


PAR 
GasTon PHÉBUS 
Ccmte de Foix 


1385 


LS Se TE SC 5 0 ES SD nt à. 


PRIÈRE A DIEU 


EVANT toi, Sainte Trinité, un 

Dieu omnipotent,Père, Fils, 
Saint-Esprit, qui ne désire 

pas la mort des pécheurs, mais leur 
repentance, moi chétif et faible pécheur, 
ne me repousse pas de ta souveraine 
pitié ! Ne regarde pas, Sire, mes péchés 
immondes et laides pensées, par les- 
quels douloureusement je suis séparé 
de toi; mais répands sur moi la large 
clémence de ta bénignité. Ne permets 
pas, Sire, que ma mort réjouisse mes 
ennemis en enfer, où personne ne se 
confessera à toi ; maïs aie pitié de moi 
oppressé par charge de péchés ; octroie- 
moi ta grâce, dolent je t’en prie; et 


4 LIVRE DE PRIÈRES 


délivre-moi de tous les maux, passés, 
présents, et à venir de subite et éter- 
nelle mort, de toute pestilence et mi- 
sère, de tout scandale et péril de dési- 
rer le mal, et des haines perverses, et 
de tout péché. Ote-moi, Sire, tous mes 
crimes, et iniquités, et négligences. 
Sois-moi bénin en toutes angoisses, 
et tribulations, et nécessités, et en tous 
mes périls et infirmités. Sainte et seule 
Trinité, créatrice bonté, sois, s’il te 
plait, présente à mes supplications. Par 
ta seule bénignité, et ta foi, espérance 
et charité, Sire, fais-moi persévérer et 
vivre ! De tout mal, garde-moi et dé- 
fends-moi! Veuille m’octroyer toutes 
choses à moi profitables. Du perpétuel 
tourment délivre-moi et mène-moi à 
la vie éternelle. Et délivre-moi du Dia- 
ble, qui, je le crains, a, par mes péchés, 
quelque pouvoir sur moi! 

Dieu, un en trois personnes, de moi 
vil pécheur indigne, reçois aujourd’hui 
les prières. Donne-moi, Sire: 

Diligence pour te chércher, 


LIVRE DE PRIÈRES 5 


Sagesse pour te suivre, 
Ame qui te connaisse, 
Yeux qui te voient, 
Conversation qui te plaise, 
Persévérance jusqu’à la fin, 
Et fin parfaite, 

Ecoute ma prière, comme tu as 
écouté Jonas, au ventre de la ba- 
leine, comme tu délivras Suzanne des 
faux crimes. Aide-moi, je te prie, 
Sire, et de tout mal sans cesse me 
délivre ; 

Arrache-moi de la bouche des 
diables ; 

Sauve-moi de la mort perpétuelle ; 

Remplis-moi de l'abondance de ta 
grâce ; 

Arme mon cœur:de ta vertu ; 

Expurge ma pensée ; 

Sanctifie ma vie ; 

Amende mes habitudes ; 

Ilumine mon cœur de la céleste sa- 
gesse ; 

Amortis la colère et la chaleur cha- 
nelle ; 


6 LIVRE DE PRIÈRES 


Epure et refrène ma langue de vain 
parler ; 

Que des paroles de vérité et de mi- 
séricorde, de bénignité et de concorde 
sortent de ma bouche en toute hon- 
nêteté de mœurs. 

En plein veuille me diriger et con- 
forter très pieux en toutes bonnes 
œuvres | 


PRPPRPERE 


PRIÈRE AUX SAINTS 


glorieuse Mère de Dieu, 
Mère de miséricorde, Marie 
A toujours Vierge, qui portas 
le seigneur du monde entier et le roi 
des anges, aide-moi au jour de ma tri- 
bulation, afin que par tes prières e: 
par tes mérites, je puisse aller ‘au 
royaume des cieux. 

O saint Michel Archange, divin pré- 
vôt du Paradis, aide-moi et défends- 
moi contre le malin esprit à l’heure de 
ma mort, etmène mon âme en Paradis. 

Tous les saints anges et archanges, 
toutes les vertus des cieux et tous les 
saints ordres des bienheureux esprits, 
armée opposée à la puissance ennemie, 


8 LIVRE DE PRIÈRES 


—— me me ce 


combattez ceux qui me combattent, 
défendez-moi contre la cruauté de l’ar- 
rogant ennemi, gardez-moi fidèlement, 
à toute heure, jour et nuit, en voie de 
vérité, et à l’heure de ma mort, recevez 
mon âme en paix avec Vous! 

Saint Jean Baptiste et tous les saints 
Patriarches et Prophètes, je vous sup- 
plie et prie humblement que vous ten- 
diez vos maïns vers moi et me don- 
niez aide en toutes mes nécessités et 
infirmités. Demandez pour moi à Notre 
Seigneur pardon, patience, constance, 
justice, obéissance, et sainte persévé- 
rance. 

Saint Pierre, bienheureux Prince des 
Apôtres et tous les saintsapôtres, évan- 
gélistes et martyrs, donnez-moi honora - 
ble accroissement de vertus, fin louable, 
éternelle bénédiction. 

Très nobles Docteurs et tous les 


Saints confesseurs, je vous prie que 
vous veuilliez être mes avocats, pour 
que j'aie indulgence de mes péchés 
auprès de Dieu et abondance de tous 


LIVRE DE PRIÈRES 9 


biens, pour que j'observe et garde 
bonnes mœurs, et révérence des com- 
mandements de Notre Seigneur. 

Toutes les Saintes Vierges, et les 
Veuves qui êtes en la grâce de Dieu, 
obtenez pour moi, pécheur, don d’é- 
ternelle grâce, continence de vie, pu- 
reté du corps, innocence de cœur, 
fermeté de foi, charité fraternelle. 

Tous saints et saintes qui avez plu à 
Notre Seigneur depuis le commence- 
ment du temps, suppliez pour moi, 
amenez-moi à accomplir la volonté de 
Dieu en bonnes œuvres, afin que je 
vive sans péché et que je puisse parve- 
nir à la gloire du Paradis. 

Amen. 


D 


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PRIÈRE A L'ANGE GARDIEN 


te supplie, mon ange etes- 
prit auquel je suis confié par 
Dieu, que tu me gardes sans 
défaillance, et m’aides, et me visites, 
et me défendes de toute violence du 
Diable, veillant et dormant, nuit et 
jour, et continuellement à toute heure 
et à tout moment! Dirige-moi ; où que 
j'aille, viens avec moi; Ôôte de moi 
toute tentation de Satan. Et, si je n’en 
suis pas digne par mes mérites, que, 
partes prières, j obtienne, du très mi- 
séricordieux juge et seigneur qui t'a 
assigné à moi pour défenseur et m’a 
recommandé à toi, que je ne puisse 
tomber en nul danger. Et quandtu 


12 LIVRE DE PRIÈRES 


me verras me diriger vers le péché, et 
me dévoyer, veuille par les sentiers de 
la droiture me ramener à mon rédemp- 
teur. En quelque angoisse que tu me 
voies, que je sente, par ton interces- 
sion, ton aide et celle du vrai Dieu 
omnipotent. Je te prie, si cela peut 
être, que tu me fasses connaître ma 
fin. Et quand mon âme sortira de 
mon corps, ne me laisse pas épouvan- 
ter par les diables, ni faiblir; ne me 
laisse pas jeter à la fosse de désespéra- 
tion, et ne déguerpis pas avant de m’a- 
voir mené en la maison de mon créa- 
teur où éternellement je puisse me 
réjouir avec toi et tous les saints! 


RENE EN ANNEE 


ATTRIBUTS DE DIEU 


IDE-MOI, mon Dieu, toi que 
LL \ je cherche, toi que j'aime, 
e EN toique decœur et de bouche 
et de toute la force que je puis je loue 
et adore. Ma pensée s'attache à toi, par 
ton amour échauffée. Je soupire après 
toi, je désire te voir, rien n’est doux 
excepté toi, excepté parler de toi, en- 
tendre parler de toi, écrire de toi, 
repasser ta gloire souvent dans mon 
cœur, en sorte que ta mémoire soit 
marécréation en cette vie de tempètes. 
Je t'appelle donc, 6 très désiré, je crie 
à toi de tout mon cœur ! 
Quand je pense à toi, Sire, je me 
délecte en toi, de qui sont toutes 


14 LIVRE DE PRIÈRES 


a 


choses, et par qui sont toutes choses. 

Tu remplis le ciel et la terre portant 
toutes choses sans peine ; 

Tu remplis tout sans être enclos; 

Tu opères en tout temps et tou- 
jours te reposes ; 

Tu reçois sans avoir de besoins ; 

Tu demandes et cependant il ne te 
manque rien; 

Tu aimes sans te consumer; 

Tu te repens sans en souffrir; 

Tu es courroucé et très paisible; 

Tes œuvres changent, non tes des- 
seins; 

Tu recouvres sans avoir rien perdu; 

Tu te réjouis du gain quoique rien 
ne te manque ; 

Tu n’es pas avaricieux et tu prêtes 
à usure; 

Tu acquittes les dettes, sans rien 
devoir à personne ; 

Tu renonces à ce qui t'est dû, et 
cela sans rien perdre; 

Tu es partout, et tout en chaque 
lieu : 


LIVRE DE PRIÈRES 15 


Tu peux être senti, non vu; 

Tu es toujours continuellement pré- 
sent et éloigné ; 

Tu es partout présent et on ne te 
peut trouver ; 

Tu environnes tout, tu es au-dessus 
de tout, tu soutiens tout, tu diriges 
tout sans avoir de lieu dans l’éten- 
due ; 

Tu ne varies pas avec le temps; 

Tu ne vas nine reviens ; 

Tu habites en une lumière que nul 
homme ne peut voir ; 

Tu nete peux diviser car tu es un 
tout ; 

Tout est en ta main; 

Si on écrit des livres sur toi, on ne 
peut raconter ta grandeur car tu es in- 
diciblement grand ; 

Tues sans quantité et sans mesure ; 

Tu es bon en essence et nul que 
toi seul n’est bon ; 

Ta volonté est une action ; 

Pour toi, vouloir c'est pouvoir ; 

Tu asfait tout par ta seule volonté ; 


16 LIVRÉ DE PRIÈRES 


Tu gouvernes tout sans travail et 
sans effort; 

Tues partout et n’as point de lieu ; 

Tu peux faire tout, sauf le mal; 

Par ta bonté nous sommes faits ; 

Par ta justice nous pleurons nos pé- 
chés; 

Par ta clémence nous sommes déli- 
vrés d'eux; 

Tu es en tout ettoutest en toi; 

Nul ne peut t’'échapper par aucune 
voie ; 

Qui t’aura offensé, en nulle façon 
ne pourra fuir ton courroux. 

Donc, doux Sire, puisque tu es si. 
grand et s1 puissant et si miséricor- 
dieux, je te donne mon corps et mon 
âme; qu'il te plaise que par ton doux 
plaisir je sois adonné à ton doux ser- 
vice. 


+36 


BONTÉ DE DIEU 


UAND je regarde les péchés 
3) que j'aifaits, Sire vrai Dieu 

, omnipotent, et les peines et 
tourments qu'à cause d'eux je dois 
souffrir, je n'ai pas petite peur ! Et je 
considère et cherche si, en quelque 
chose je trouverai consolation ; mais, 
hélas ! malheureux je n’en trouve au- 
cune. Car non seulement je t’ai cour- 
roucé, toi mon créateur, mais toi et 
toutes tes créatures, et ainsi je n'ai 
personne à qui recourir, ni où aller. 
Que ferai-je donc et de quel côté irai- 
je, ainsi triste et désolé par la malice 
de mes péchés ? Si je veux retourner 


à celui qui m'a fait et à son indicible 
3 


18 LIVRE DE PRIÈRES 


——————_— 


pitié, je crains bien qu’il ne veuillese 
venger sur moi des déshonnètes pé- 
chés que j'ai faits, sans m'arrêter à 
l'amour ni à la frayeur qu'il inspire. 
Que ferai-je donc ? Demeurerai-je dé- 
sespéré, sans conseil et sans aide ? 
Mon doux Créateur me soutient 
encore en vie et me donne de remplir 
mon état honorablement et avec profit: 
je n’ai puencore par mes péchés vaincre 
sa grande bonté, ni l’amener à me con- 
fondre tout à fait, à me détruire, moi 
qui l’ai longtemps desservi. C'est donc 
chose certaine, Sire, que tu es pi- 
toyable envers moi, toi qui m'as donné 
et me donnes tant de ces biens; et 
que tu nerequiers pas encore vengeance 
de mes mauvaisetés. J'ai ouïdire bien 
des fois que notre Sire esttrès misé- 
ricordieux, mais certes, maintenant, 
j'en vois mème la preuve. Et puisque, 
Sire, je vois tant de miséricorde et de 
pitié en toi, puisque je te vois par- 
donner à tantde pécheurs, dont tu ne 
repousses aucun, mais que tu reçois 


LIVRE DE PRIÈRES 19 


tous, je ne dois pas me désespérer ; car 
je sais bien que Celui qui pardonne 
aux autres me peut bien pardonner, 
car il est tout-puissant ! Maisentre pé- 
cheurs et pécheurs il y a grande diffé- 
rence, et moi pensant de combien de 
péchés, de combien d’ordures ma mal- 
heureuse âme est souillée, je ne mé 
range pas avec les pécheurs mais je me 
tiens pour plus pécheur qu'aucun. 

. Bien des gens ont péché et se sont 
repentis, bien des gens ont fait du mal, 
mais ont faitaussi du bien, tandis que 
moi malheureux et pécheur en tout 
point, entendant et sachant à quelle 
perdition me tirait mon péché, je ne 
cessai jamais de pécher, entassant pé- 
ché sur péché et usant toute ma vie en 
péchés! moi donc qui en telle manière 
ai vécu, et qui ai fait tant de mal, et 
qui me suis enveloppé de toutes ini- 
quités, comment oserai-je, avec les 
autres pécheurs, courir à la fontaine 
de ta miséricorde ? 

Sire Dieu, aide donc ta créature! 


20 LIVRE DE PRIÈRES 


car elle ne te peut dépasser par la gran- 
deur de ses péchés, à moins qu'elle ne 
tombe dans le désespoir. 
Soutiens-moi, Sire mon Dieu, per- 
mets que j'envisage ton indicible pitié, 
et octroie-moi s’il te plait de m’abs- 
tenir dorénavant de tout le mal que 
j'ai commis, car par ma seule force, 
sans toi, je ne le puis faire; octroie- 
moi, Sire, s’ilte plaît, qu’en cette vie, 
avant que jene Ja quitte, je m'amende, 
- en ta présence, de mes péchés, et 
qu’ainsi je parvienne en ta grâce. 


DIEU VOIT TOUT 


E me laisse pas, doux Sire, 
croître en mon ignorance, 
et ne laisse pas multiplier 

mes défaillances: tu m'as gardé, sans 
mérite de ma part, depuis ma jeunesse 
jusqu’à ma vieillesse et à ma vieillesse 
décrépite: ne veuille pas maintenant 
me manquer! que de biens tu m'as 
faits dont il me serait douce chose 
parler tout le temps, et toujours rêver, 
et toujours rendre grâce, de façon que 
je puisse au-dessus de tout autre bien 
te louer, t'aimer de tout mon cœur 
et toute mon âme! O très Lénigne 
douceur de tous ceux qui se délectent 
en toi, Sire mon Dieu! tes yeux ont 


22 LIVRE DE PRIÈRES 


vu mon imperfection, tes yeux, qui, 
plus clairs que le soleil, regardent les 
voies des hommes au plus profond de 
l'abime et au plus haut des cieux! Tu 
ne me délaisses pas, Sire, si je ne te 
délaisse le premier; où que je sois tu 
es toujours avec moi. Je confesse tout 
ce que je fais devant toi car tu le vois 
bien mieux que moi qui le fais. Sire, 
devant toi estmon désir et ma médi- 
tation. Tu vois l'esprit, où il va, et 
d'où il vient, et où il est. En toute 
chose tu regardes plus l'intention que 
l'œuvre. 

Et quand je pense diligemment à 
toutes ces choses, Sire mon Dieu ter- 
rible et fort, je suis confondu de peur 
et de très grande versogne. Je te sup- 
plie, Sire, de me regarder avec des 
yeux de miséricorde et de tourner 
mes œuvres perverses à ta volonté! 


CE 


DD bet GED de 


LE BIEN VIENT DE DIEU SEUL 


AK A1 pensé, Sire, pouvoir cer- 


taines choses, encore que je 

ne sois rien ; je pensais être 
riche et je suis pauvre; je pensais être 
habile et je suis trompé: Je vois bien 
maintenant, Sire, que sans toi on ne 
peut rien faire! 

Tu m'as parfois délaissé, afin que je 
me connusse ; Car je pensais me suffire 
à moi-même, ne croyant pas néces- 
saire que tu me gouvernasses; mais 
dès que tu fus loin de moi je tombai 
en mal, et la chute fut par moi, et le 
relèvement fut par toi. Sire, tu n'as 
ouvert les yeux et je vois que la ten- 
tation est la vie de l’homme sur la 


24 LIVRE DE PRIÈRES 


terre et que devant toi nul ne se doit 
glorifier et aucun vivant se justifier. 
Car s'il ya en moi du bien, petit ou 
grand, c’est ton propre don; de moi- 
même il n’y a rien, sauf le mal. Celui 
donc qui se fait gloire à soi-même du 
bien que tu lui as donné, celui-là te 
vole, il ressemble au diable qui veut 
dérober ta gloire. Celui qui veut être 
loué du don que tu lui donnes et qui 
dans ce don ne cherche pas ta gloire 
mais la sienne est tout ingrat, car il 
ne te rend pas grâce de ton don. Mais 
toi, Sire, toi qui m'as formé dans le 
ventre de ma mère, ne me laisse pas 
choir: À toi, Sire, soit gloire, à toi 
d’où vient tout bien : à moi confusion 
de visage et de misère, à moi de qui 
vient tout mal. 

Sire, je te confesse ma pauvreté. Je 
suis une terre nue et aride qui sans ta 
bénédiction ne porte aucun fruit saut 
confusion, péché et mort. Si j'ai par- 
fois quelque chose de bien, je l’ai de toi; 
tout ce que j'ai de bien m'est venu de 


te 
UA 


LIVRE DE PRIÈRES 


toi : bien des fois j’eusse péri si tu ne 
m'eusses gouverné. Ainsi toujours, 
Sire, ta grâce et ta miséricorde sont 
allées devant moi, me délivrant de 
tous maux, rompant les pièges tendus 
devant moi, tant les occasions de 
fautes. Si tu n'’eusses pas fait cela, 
j'eusse commis tous les péchés du 
monde : car il n’y a nul péché fait par 
un homme qu’unautre aussi ne puisse 
faire. Mais c’est toi seul qui as empè- 
ché que je ne les fasse! 


RARSASASASASAS 


INCERTITUDE DU SALUT 


RANDS sOnt tes jugements, 

Sire Dieu, justicier, qui 

juges et acquittes ceux qu’il 

te plait! Quand j'y pense je tremble 
de tous mes os ; car nul homme vi- 
vant n'est assuré sur la terre qu’il te 
sert en piété, chasteté, et crainte. 
Que nous soyons prélat, religieux, sei- 
gneur ou sujet, tremblons, car nul ne 
se peut glorifier devant toi, et tous 
les gens te servent, en grande peur! 
Tout homme ignore s’il est digne d’a- 
mour ou de colère. Je pense avec 
grande peur à nos pères : lequel est 
monté jusqu'aux cieux ? Il en est dont 
l’Ââme est au fond de l’abime, et dont 


28 LIVRE DE PRIÈRES 


j'ai entendu dire le contraire. J'ai vu 
des vivants mourir ; et des morts en 
iniquité qui ressuscitaient. Tu as fait 
habiter dans les cieux des pécheurs pu- 
blics,des femmes pécheressespubliques, 
et tu as jeté en ténèbres des fils de Dieu! 
Je veux dire que certains religieux et 
seigneurs, et autre manière de gens 
mis en état de bien faire et d’entrer 
au royaume des cieux, ont. fait, par 
leurs péchés et par ton jugement, qu'ils 
sont en enfer ; et au contraire, des pé- 
cheurs et pécheresses sont revenus à 
toi. 

Sire, ceux qui te désirent en quelque 
état qu'ils soient, tu les fais dignes de 
toi, saints et bienheureux. Ce sont 
ceux qui réputent toutes les choses du 
monde comme boue pourvu qu'ils puis- 
sent seulement te gagner ! 


LÉ 


ASAGA GER GR GA GR GANG 


LE PÉCHÉ 


Esuis blessé de bien des 
plaies, car je nai pas cessé 
d'ajouter péché sur péché : 

car les péchés trépassés, par nouvelles 
fautes je les ai recommencés. Les maux 
pour lesquels j'avais pris médecine et 
dont j'étais guéri, je les ai rappelés! 

Je sais qu’en quelque jour que le 
juste pèche, toutes ses justices passées 
seront oubliées: et moi, hélas! qui 
suis tant de fois retourné à péché! 
Comme chien quand remange ce qu'il 
avait vomi, et comme une truie dans 
la boue, je suis tant de fois retourné 
en mes péchés que je ne m’en sou- 
viens! À combien d'hommes qui ne 


30 LIVRE DE PRIÈRES 

savaient ai-je enseigné à pécher ? Beau- 
coup qui ne voulaient pas pécher je les 
y aipriéset contraints! Mais toi, juste 
et miséricordieux Seigneur, tu ne m'as 
pas encore puni. Tu t'es tu, et tu as 
été patient jusqu'ici! Mauvaise aven- 
ture c’est pour moi! Car, finalement, 
tu parleras comme courroucé, Dieu 
des Dieux, Sire des Seigneurs! Je con- 
naïs bien que tu ne te tairas pas tou- 
jours, et que par ta miséricorde tu 
m'ajournes jusqu’au jour du jugement. 
Et alors, tous les saints et tous les 
autres gens verront tous mes mauvais 
péchés, non pas seulement Îles actes, 
mais les pensées! 

Mon doux Seigneur, je ne saïs que 
dire, car je suis présentement en ce 
péril. 

Ma conscience me mord etm’expose 
les secrets de mon cœur. 

Avarice me contraint, 

Luxure me souille, 

Gloutonnerie me déshonore, 

Colère me trouble, 


LIVRE DE PRIÈRES 31 


Inconstance m’abat, 

Paresse m'opprime, 

Hypocrisie me leurre. 

Et voici, Sire, avec quels compa- 
gnons j'ai vécu dès ma jeunesse, voici 
ceux que j’ai aimés et qui me damnent, 
ceux que j'ai loués et qui me sont re- 
prochables; ce sont là les amis que 
j'ai eus; ce sont là les seigneurs que 
j'ai servis! 

Hélas! que ferai-je, mon Roi et 
mon Dieu, tant il y a de mal en moi! 
O mon illumination, j'ai habité en té- 
nèbres : sice n’est par ta grande mi- 
séricorde, nul ne sera trouvé juste, 
spécialement moil Mais, doux Sire, 
je crois et sais que ta douceur et ton 
amour, Sire, ne sont pas passagers, 
mais durables. 

Ton amour n’est pas oisif, 

Ta mémoireest plus douce que miel, 

Ta contemplation plus savoureuse 
que viande. 

Parler de toi est droite réfection, 

Teconnaitre est parfaite consolation, 


32 LIVRE DE PRIÈRES 


Approcher de toi c'est vie éternelle, 

S’en éloigner mort éternelle ; 

Fontaine de vie pour ceux qui ont 
soif de toi, gloire à ceux qui te crai- 
gnent! 

Ton odeur ressuscite les morts, 

Ton regard fait sains les malades, 

Ta lumière dissipe toute obscurité, 

Ta visite chasse toute tristesse, 

En toi n’est nulle douleur! 


LA VANITÉ 


IRE, mon méchant et chétif 

esprit appelle ton aïde, il 

soupire à la vision de ta 
grâce; car s’il ne te plaît de l'aider 
vite, il ne pourra plus bientôt venir à 
toi. Jai trop d'ennemis, comme tu 
vois, mon très doux Créateur, par la 
fureur desquels, gravement frappé et 
battu et épuisé, je souffre de grandes 
et graves douleurs. 

Mais un, entre les autres, s’efforce 
toujours de me mettre à mort, même 
quand tous les autres se sont lassés de 
moi comme s'ils fussent las. Celui-là 
qui, plus hardi que tous, me court sus, 


c’est la vaine gloire. Non seulement 
5 


34 LIVRE DE PRIÈRES 


elle tache les gens dans leurs mau- 
vaises œuvres, mais même dans leurs 
bonnes œuvres. La vaine gloire les fait 
choir s'ils n’ont garde; en paraissant 
faire le bien, elle les fait élever en or- 
gueil, par son mortel conseil, empêche 
la vertu de garder connaissance -de 
l'amour de Notre-Seigneur. 

Car supposez que l’œuvre que l’on 
fait soit bonne ; elle n’est plus plai- 
sante à Notre-Seigneur par la vaine 
gloire qu’on en 2, et qu'est-ce qui peut 
être plus mauvais que de s’enorgueil- 
lir de faire bonne œuvre? Car quand 
on pense s'élever parle bien qu’on fait, 
on tombe bas par l’orgueil et la vanité 
qu’on en a. L’orgueil certes etla vaine 
gloire gisent naturellement au plus pro- 
fond de lenfer, l'humilité toujours 
habite les cieux. Je confesse donc, très 
bénin Dieu, qu’à cause de ce qui est 
dit ci-dessus, je suis abattu et mené 
près de la mort, et brisé dans l'âme, 
de telle façon que si ta souveraine ini- 
séricorde et pitié ne me veulent se- 


LIVRE DE PRIÈRES 35 


courir, je serai damné! Hélas! dolent, 
hélas! chétif en tout temps et en tout 


lieu, combien de chétivités et de mi- 
sères tu as en ton corps! 


ET 


CAXARALLEXLX) 


EFFETS DU PÉCHÉ 


ÉLAS! Sire, que de biens, 

< combien de miracles tu as 

faits pour moi, pourriture 

au-dessus de toute ordure, ver deterre, 
opprobre non pas seulement des hom- 
mes mais de toutes les autres créa- 
tures! Et ces grâces, et toi-même, 
qui pis est, j'ai tout perdu, par mes 
horribles, vils et déshonnèêtes péchés! 
O péché, c’est une chose douce et 
légère que vous commettre; c’est une 
chose difficile ét épineuse que vous 
quitter! Car quand un homme est 
tombé en grands péchés et a ainsi cour- 
roucé notre Sire, il ne peut se relever 
et retourner vers toi, si toi-même, 


38 LIVRE DE PRIÈRES 


se ee een en —— 
a & 


doux Dieu, n’agis, et s'il ne te plaît 
pas de recommencer chaque fois. Ce 
qui est cause que beaucoup de gens 
sont perdus. 

Péché, je puis bien vous comparer à 
la morsure d’un chien enragé; car la 
plaie est petite mais le venin très 
grand. Celui qui est mordu enfle pre- 
mièrement, puis après il sent grande 
douleur, puis il vient en fièvre et en 
perd le manger et le boire, puis il vient 
en frénésie et perd la tête, et enfin 
mort s’ensuit. 

C’est bien ainsi qu'est le péché, car 
quand on le fait il semble petite chose, 
mais après il enfle, car à peine existe 
un péché qu'il en appelle un autre ou 
le même, se répétant, tout ainsi que 
l'enflure attire les humeurs du corps. 

Après, quand on est enflé, c’est-à- 
dire plein de péchés, alors vient la 
douleur, c'est-à-dire que les besognes 
de l’homme sont tout à rebours, qu'il 
ne peut réussir à rien, ce dont il a 
tristesse et douleur. 


RS Se 


LIVRE DE PRIÈRES 39 


La 


— ———— 


Après la douleur, il perd le boire et 
le manger, c’est-à-dire qu'il perd le 
goût de se confesser, de prier Dieu et 
de faire tout bien. 

Après, s'ensuit la frénésie et la folie, 
c’est-à-dire qu'il délaisse Dieu, pense 
qu’il n'y a pas de Dieu, et que les 
bonnes et mauvaises aventuresarrivent 
naturellement, sans qu’il y ait rien de 
Dieu. 

Après, s'ensuit la mort, c'est-à-dire 
la mort du corps et de l'âme. 

Sire, mon doux Seigneur, je con- 
fesse être mordu de cette morsure en- 
ragée, et j'ai eu tous les maux ci-dessus, 
excepté la négation de toi, faute que, 
parta douce grâce et miséricorde, tu 
ne m'as pas laissé commettre. 


LS 


FAIBLESSE DE L'HOMME 


OI, le petit entre les plus pe- 
tits, Sire Dieu, père de ma 
À vie et de ma vertu, je con- 
fesse que je suis indigne d'entrer dans 
ta maison ; mais je te prie, Sire, fais- 
moi cette grâce de ne pas confondre 
ton serf, qui espère en toi. Tum'as 
fait, Sire, veuille dont me diriger: tu 
m'as créé, ne méprise pas les œuvres 
de ta main. Moi, Sire, boue et ver, je 
ne puis entrer en tes éternités, si ce 
n'est toi qui m'y conduis, toi qui as 
fait toute chose de rien. Certes, Sire, 
je n'espère rien de moi, mais tout de 
toi. Si n'était l'espérance que j'ai 
en toi, je serais perdu. Mais je pense 
6 


TR ns +: Un SE Fr R es ! 


42 LIVRE DE PRIÈRES 


que tu ne délaisses pas ceux qui espè- 
renten toi! Tu es mon Dieu, doux, 
bénin et patient, je suis une feuille, 
une ombre vaine d'homme vivant : ma 
vie passe comme un ventsur la terre! 
Ne te courrouce donc pas, Sire, sur 
mes péchés, car je suis faible et tu con- 
nais ma fragilité: n’emploie pas ta 
force indicible contre la feuille que le 
vent emporte! 


CRE rs. + mule ives « 
es de à mi d CS 


LA MORT 


RÈS doux créateur..et sur toute 
chose bénin rédempteur, 
mon formateur, et mon ré- 
formateur, je me tourne vers toi avec 
humble voix, suppliant ta souveraine 
pitié d'enseigner mon cœur à méditer 
en quelle puante et déplorable condi- 
tion sera ma chair après le départ de 
l'esprit qui la dispute à présent à la 
pourriture et aux vers. 
Où sera alors ma beauté, si j’en ai 
quelqu'une ? 
Où seront les grands délices où je 
me suis délecté en mon temps ? 
Mes yeux se fermeront, retournés 
dans ma tête; eux par qui me délec- 


44 LIVRE DE PRIÈRES 


taient de vains et misérables appe!s, 
ils seront couverts d'horribles ténèbres, 
eux qui, brillants aujourd’hui, se com- 
plaisent en vanité. 

Mes oreilles ouvertes se rempliront 
de vers, elles qui aujourd'hui écoutent 
avec damnable complaisance les paroles 
de corruption et les conversations du 
monde. 

Mes dents se serreront misérable- 
ment, elles qui s'ouvrent aujourd’hui 
lareement pour la gourmandise. 

Mes narines pourriront, elles qui se 
délectent aujourd’hui des divers par- 
fums. 

Meslèvres apparaîtront laides, puan- 
tes et horribles, elles qui, souvent, s’é- 
vertuaient en folles caresses et voluptés. 

La langue sera noyée de salive cor- 
rompue, elle qui a prononcé tant de 
vaines et fausses paroles. 

La gorge et le ventre fourmilleront 
de vers, eux qui se sont délectés trop 
souvent en diverses viandes et breu- 


vages. 


LIVRE DE PRIÈRES 45 


Ainsi pourrait-on dire de toutes les 
parties de ce corps à la santé, au profit, 
au plaisir duquel nous veillons avec 
tout notre souci ; elles tomberont en 
pourriture et en vers, jusqu'à ce qu’en 
dernier lieu tout retourne en vile 
poudre! 

Où est ce cou dressé, 

Où ces vanteries de paroles, 

Ces ornements du costume, 

Cette variété de délices, 

Cette force, 

Cette légèreté, 

Ces seigneuries, 

Ces richesses ? 

Tout, comme un songe, s'est éva- 
noui. Toutes choses sont passées et 
ne reviendront plus dorénavant ; elles 
ont laissé nu celui qui les a eues! 

Hélas ! doux Dieu, je te crie pardon, 
et puisqu'il t’a plu de mefaire connaître 
les choses susdites, qu’il te plaise aussi 
de me faire connaître le bon usage de 
cette vie, en telle manière que je puisse 
aller à toi! 


EEPCCCeLLeLee 


LE JUGEMENT 


doux Sire, quand j'examine 

bien diligemment ma vie, 
#comme je suis épouvanté ! 

Car il ne n'apparaît que péché et va- 
nité en toute ma vie, etsi je vois en 
moi quelque fruit, il est ou nul ou 
imparfait ou en quelque manière cor- 
rompu, de sorte qu'il ne peut te plaire, 
mais au contraire te déplaît. Donc pé- 
cheur que je suis, ma vie, non pas 
presque toute ma vie, mais absolument 
toute, est ou en péchés ou sans fruit ! 
Et toutefois, Bénin Dieu, tu as atten- 
tion et sollicitude pour cet inutile ver, 
puant par péché ! Ce n’est pasun hom- 
me qui est devant toi, mais la honte 


43 LIVRE DE PRIÈRES 


—” 


des autres hommes, plus vil qu’une 
bête et pis que charogne: mon âme 
est honteuse de ma vie; j'ai grande 
honte de vivre, mon âme estmerveil- 
leusement misérable, car elle ne se dé- 
sole pasautant qu’elle-même voitqu’elle 
le devrait faire ; mais au contraire reste 
aussi mauvaise que si elle ignorait quel 
est son avenir ! 

O âme aveugle, mauvaise et péche- 
resse, le jour du jugement est proche ; 
car tu ne sais quand viendra ce jour 
de colère, jour de trouble et d’an- 
goisse, jour de misère, de ténèbres, et 
de calamité ! O âme, pourquoi dors-tu 
donc ? Où sont tes bons fruits ? Il n’y 
a qu'épines déchirantes et péchés très 
amers, que je t'ai fait commettre par 
ma volonté, que tu m’asfait commettre 
par ma volonté. Je souhaiterais que 
Notre-Seigneur estimât petit ton pé- 
ché ; mais, hélas ! tout péché désho-. 
nore Dieu par transgression. Quel pé- 
ché peut être petit puisque tout péché 
fait déshonneur à Dieu ? 


LIVRE DE PRIÈRES 49 


Sire Digne, que répondrai-je en ce 
jour quand je serai examiné en tout 
mon corps, jusqu’à la pupille de l’œil, 
et pour tout le temps qu’il m'a été 
donné de vivre, sur la manière dont 
je l’ai employé ? Alors sera condamné 
en moi tout ce qui sera trouvé de con- 
traire à la volonté de Dieu, soit œu- 
vres, soit paroles coupables, ou silence, 
et jusqu'à la plus petite pensée, pen- 
dant le temps que j’aurai vécu. Hélas ! 
et combien de péchés viendront ainsi 
comme meute contre laquelle je ne 
pourrai me défendre! Aujourd’hui je 
ne les vois guère et je les regarde à 
peine comme des maux ; mais alors 
ils m’apparaîtront comme très mau- 
vais péchés dus à merveilleuse dureté 
de cœur. Hélas ! contre qui ai-je pé- 
ché ? J’ai déshonoré le Dieu très omni- 
potent ! Où me cacherai-je ? Qui me 
délivrera de tes mains? D’où aurai-je 
conseil, d'où aurai-je salut? De nul 
certes, fors de toi. Doux Vrai et puis- 
sant Dieu, j'espère en toi, queje crains; 

7 


Fe Se SR 


So LIVRE DE PRIÈRES 


regarde-moi, Sire, moi pauvre sup- 
pliant, toi qui m'as formé, qui est 
mon sauveur et mon rédempteur. Ne 
me condamne pas, Sire, car tu m'as 
créé par ta bonté : que ton œuvre ne 
périsse pas par mes iniquités ! Je t'en 
prie, Ô très pitoyable, que ma mauvai- 
seté ne détruise pas ce qu'a fait ton 
omnipotente bonté ; reconnais, 6 très 
bénin, reconnais en moi ce quiest 
de toi et ôte ce qui est d’autrui. 
Sire, Sire, aie pitié de moi, car c’est 
le temps d’avoir pitié, pour que tu ne 
me condamnes pas quand sera venu le 
temps de juger. Reçois-moi alors, 6 
Sire, dans le sein de ta miséricorde! 


LLIILIILILEES 


LE DIABLE 


E diable vint à moi et me 
tenta : en aucun lieu ni 
temps il n’y manque. Mais 

toi, Sire, tu ne me laissas pas consen- 
tir. Le diable, très mauvais, veille tou- 
jours, sans dormir, pour me tuer, il 
tend devant moi divers pièges, ila nus : 

Pièces en richesse, 

Pièges en pauvreté, 

Pièves dans le manger, 

Pièges dans le boire, 

Pièges dans le lit, 

Pièges dans le sommeil, 

Pièces dans la veille, 

Pièges dans les paroles, 

Pièges dans les œuvres, 


52 LIVRE DE PRIÈRES 


Pièges en toute ma vie! 

Mais toi, Sire, s’il te plait tu me 
délivreras des pièges. Veuille ouvrir 
mes yeux, Sire, pour que je voie clair 
et que j'aille en tes voies et que je 
puisse dire : « Béni soit le Seigneur 
qui nem'a pas laissé me jeter au diable 
comme bête au piège des chasseurs ! » 

Quand j'ai chuté, le diable voudrait 
m'empêcher d’y faire attention, car 
celui qui nesait pas qu'il est tombé ne 
prend pas soin de se relever; il croit 
encore être sur ses pieds. Mais toi, 
doux Sire Dieu, veuille éclairer mon 
esprit pour que je ne.chute pas en face 
de mes ennemis! 

Parmi eux, Sire, le premier et der- 
nier larron est le diable qui voulait dé- 
rober ta gloire; et maintenant, Sire 
Dieu, depuis qu’il est tombé, en abime, 
il ne cesse de poursuivre tes enfants; ‘ 
en haine de toi, il convoite m’attirer, 
moi qui suis ta créature que ta bonté 
omnipotente a créée à ton image. 

Moi donc, Sire, aux pieds de ta 


LIVRE DE PRIÈRES 53 


majesté, je dresse plainte contre cet 
ennemi; ilest malicieux et tortueux. 
On ne peut pas facilement le déjouer, 
car, tantôt ciet tantôt là, ici agneau, 
ici loup, il varie ses tentations selon 
les qualités, les lieux, les temps, selon 
les circonstances changeantes. Ainsi, 
avec les tristes, il montre tristesse ; 
avec les joyeux liesse ; il fait pécher les 
saints hommes en simulant le bien ; il 
tente les uns partentations détournées ; 
les autres par tentations manifestes ; 
agissant en beaucoup d’autres et di- 
verses manières qui seraient trop lon- 
gues et trop diverses pour les discerner 
si toi-même, doux Sire, tu ne les dé- 
couvres. Car non seulement il tourne 
en vice les œuvres de la chair, mais 
encore; sous couleur de vertu même, 
les prières spirituelles et les dévotions. 
Satan s'efforce de faire encore bien 
d’autres choses, ici comme lion, là 
comme dragon, ici manifestement, là 
par détours, au dedans et au dehors, le 
jour et la nuit. 


54 LIVRE DE PRIÈRES 


Sire mon Dieu, délivre-moi de lui, 
toi qui sauves les aspirants en toi, 
pour que Satan ait déplaisir, et quetoi 
tu sois loué, toi qui es mon Dieu om- 
nipotent. 


DÉVTTUTITT IT TITI TTIITIY 


RETOUR A DIEU 


E te crie pardon, doux Dieu 
omnipotent ; selon tagrande 
miséricorde et selon tes 

grandes misérations veuille ôter mes 
iniquités! Mon doux père et mon es- 
pérance, te plaise me conseiller com- 
ment je pourrai recouvrer mon salut, 
car depuis que j'ai su que le péché est, 
je n'ai cessé de pécher : péché sur 
péché toujours j'ai amassé, et les pé- 
chés que, de fait, je ne pouvais faire, 
par mauvaises pensées je les faisais. Et 
donc de tous les maux et délectations, 
enveloppé de tous crimes et de péchés 
environné, que puis-je attendre, fors 
perpétuelle perdition! Et si, quelque- 


56 LIVRE DE PRIÈRES 


fois, par ta miséricorde, j’ai confessé 
mes péchés et promis au chapelain faire 
pénitence, il ne tarda guère que je 
fisse les mêmes péchés ou de pires. Je 
jurai et promis bien des fois que jamais 
plus je ne ferais tels péchés; mais il ne 
tarda guère que je retournasse à mes 
péchés et mauvaisetés. 

Or, Sire, que pourrai-je dire d’un 
méchant homme qui t'a tourné le dos 
et rejeté de lui, bien que sans toi il 
ne puisse avoir bien? Sire, j'espère en 
toi, non pas pour moi, mais pour toi. 
Bon Dieu, mets dans mon âme ton 
amour, et ôte de mon cœur misérable 
peur : garde et illumine mon cœur 
aveugle, afin que je voie la grande 
multitude de ta douceur, Sire, laquelle 
tu as créée pour tes désespérés. Qu'il 
ne te plaise pas, Sire, que je sois noyé 
en la tempête et que mon péché me 
puisse empoisonner. Car, je crois, Sire 
très doux, créateur des hommes, Dieu, 
que tu es omnipotent, et que toutes 
choses qu'il te plait faire sont faites ; 


LIVRE DE PRIÈRES 57 


ee 


et je sais certainément que tu ne veux 
pas ma mort, mais que je me conver- 
tisse. Si donc, Sire, tu es omnipotent 
ainsi que vraiment je le sais de ta 
grande miséricorde, ne me laisse pas 
désespérer, mais donne-moi avoir 
ferme espérance. Il est vrai, Sire, 
qu'en tous genres sont très grands et 
très horribles mes péchés, mais bien 
plus grande est ta miséricorde. Je suis 
ta créature : pitié donc te plaise avoir 
de moi. Pitié, Sire, selon ta grande 
miséricorde. Qu'ilte plaise, Sire, doux 
Sire, me ressusciter de mort à vie ! Ce 
sera de mon péché la vraie contrition; 
car, par moi-même, si tu ne le fais, 
Doux Dieu, je ne serai pas converti. 
Qu'ilte plaise, Sire, puisque tu as mis 
tant de biens en moi, que je ne me 
veuille perdre par mes iniquités. Mais 
délie-moi des liens de l'ennemi, et 
veuille me ramener en ta grâce! 


4 


SENTIMENTS D’HUMILITÉ 


ON souverain et très redouté 

Seigneur, quand je pense 
en moi-même de quels 
grands et nombreux biens tu m’as doté, 
et que je me rappelle aussi quels 
grands et nombreux biens j’ai perdus 
par ma faute, en quels maux et quelles 
fautes je suis tombé, je me tourne 
vers Toi, pleurant les maux que mau- 
vaisement j'ai faits, et pleurant les 
biens que par mauvaiseté j'ai perdus. 
Car, Sire, quels biens et quels hon- 
neurs sont en ce monde que tu ne 
nr'aies donnés, et quels sont les maux 
que je n’ai pas commis à ton égard ? 
Et j'ai perdu biens en gagnant maux, 


Go LIVRE DE PRIÈRES 


et j'ai perdu ta grâce et encouru ta 
colère! Je ne puis me rendre inno- 
cent devant Toi, car je sais mes fautes, 
qui m'environnent comme une grande 
armée, d’une part mes œuvres mau- 
vaises, d'autre part mes très grandes 
et mauvaises pensées. Ce sont les cho- 
ses par lesquelles j'ai perdu de grands 
biens admirables, et, qui pis est, ta 
grâce. Etquand je m'en souviens, doux 
Dieu, pleurant et gémissant et me con- 
damnant moi-même, je lutte contre 
ma chair et ma passion, afin que jene 
te courrouce plus, ni par le cœur, ni 
par la langue, ni parles œuvres. Mais, 
Sire, la lutte est si faible de ma part, 
que tout le tempsje me trouve À terre. 
Ce qu’il ya à dire de moi est fâcheux: 
mais en vérité, Sire, sanstoitoutes mes 
œuvres sont moins que néant! Te 
plaise donc, mon doux créateur et 
mon Seigneur, que guerre continue 
soit en ma conduite, que je ne garde 
aucune amitié pécheresse. Veuille, 
Sire, que toujours je cherche et j’exa- 


LIVRE DE PRIÈRES Gt 


— 


mine étroitement les secrets de mes 
attachements et que je rompe et chasse 
hors de moi ce que je trouverai de 
mal. De telle façon que je ne me per- 
mette pas d’être flatteur de moi-mème; 
de telle façon, doux Sire, que selon 
ton plaisir je puisse te servir, et que je 
me pénètre en vérité des très grands 
bienfaits que j'ai reçus de toi sans les 
avoir en rien mérités, et aussi, Sire, 
des laïds et affreux services que je t'ai 
rendus avec les biens que tu m'avais 
donnés. | 

Sire, je te crie pardon, en grande 
douleur de ce que je t’ai méconnu et 
affligé de très grands maux sans nom- 
bre, toi qui es mon créateur. Hélas! 
qu’ai-je fait? O chair vile et âme dé- 
raisonnable, si je ne veux pas laisser 
mes mauvaises œuvres par amour de 
mon créateur qui m'afait tant de biens, 
au moins devrait-ce être par la peur 
des peines de l'enfer, ou de la mort 
qui nul n’épargne, ou de la punition 
en ce monde; laquelle je redoute, car 


62 LIVRE DE PRIÈRES 


je sais, Sire, que tu me peux bailler 
aux mains de mes ennemis et que je 
peux être en servitude. De mème tu 
peux me rendre pauvre et malade et 
me punir en diverses manières cartu 
peux tout. Mais quelque coupable et 
traître envers mon créateur que Je 
sois, sije veux regarder mestrès grands 
péchés, et employer pour mon créa- 
teur la raison, le savoir qu’il m’a don- 
nés grandement, et tant de biens qu'on 
ne pourrait dire, si je veux faire cela, 
Sire, j'ai l'espérance que tu ôteras de 
moi le regard de ta vengeance. Si au 
contraire j'oublie mes péchés, toi, tu 
te souviendras de ta vengeance. Tout 
cela, Sire, je le sais, mais je n'en fais 
rien. Je te prie, Dieu omnipotent, qu'il 
te plaise m’apprendre à faire ton plaisir! 


> 


FÉÉÉFÉFÉÉÉÉÉEEEÉÉE 


AVANT LA CONFESSION 


Lumière! BienheureuseT ri- 

nité et principale unité! Ac- 

LA crois en moi foi, accrois es- 
pérance, accrois charité ! Délivre-moi, 
Sauveur, et me justifie ! O bienheu- 
reuse Trinité, délie les crimes, par- 
donne les péchés, arrache les misères, 
Ôte les angoisses, regarde les tribula- 
tions, repousse les adversités ; veuille 
octroyer miséricordieusement l’objet 
de ma pétition ! Viens, Sire, je te prie, 
en mOi ; par quoi Je sois enflammé en 
ton amour, du feu de vraie charité. 
Viens, Sire, je te prie, en moi; par 
quoi je te sente dans mon corps! Re- 
çois à bon gré la confession de ma 


04 LIVRE DE PRIÈRES 


— 2 —————— a ——— 2 — ——_——————_———_———p oo 


bouche, et octroie-moi de faire fruit 
parfait, par quoi je sois enflammé en 
ton amour ! 

Et comme tu illuminas Moïse ton 
servant de merveilleuse splendeur, ainsi 
qu'il te plaise illuminer mon corps et 
mon sens. Donne dons de joie, donne 
dons de grâces, délie liens de colère, 
assemble-nous en instance de paix, il- 
lumine mon cœur; car autrement, 
Sire, j'ai trop péché devant toi! Qu'il 
te plaise, doux Sire, d’avoir patience 
sur moi. Mesiniquités, Sire, sont mul- 
tipliées sur toutes autres et atteignent 
jusqu’aux cieux. Pardonne-moi, Sire, 
et incline sur moi ta miséricorde. Sire 
Dieu, change dorénavant mes péchés 
en contrition et fais-moi selon ta gran- 
de miséricorde; car iln’est nulle con- 
fusion pour ceux qui ontespéranceen 
toi. Iln’est nul autre Dieu que toi car tu 
as souci de tous, puisque tu es le Sire de 
tous. Sire, ainsi que tu fus béni et misé- 
ricordieux à nos pères, ainsi te plaise 
l'être pour moi, et convertis ma tribu- 


LIVRE DE PRIÈRES 65 


PE 


lation en joie. Qu’ainsi vivant, Sire, je 
te puisse bénir! 

Je te prie, doux sire, en toute ta mi- 
séricorde, que ta colère soit éloignée de 
moi: incline, Sire, tes oreilles à ouïr 
mes prières et mes afflictions. Ecoute- 
moi, Sire, et me pardonne, et me 
demeure uni, car je t’appelle et tou- 
jours t'ai appelé. Je sais bien, Sire, 
que nul n’est plus pécheur que moi; 
et je sais que tu es courroucé contre 
moi, et nul n’est qui puisse fuir de ta 
main ! Toi qui pardonnas Ninive, aie 
pitié de moi; souviens-toi, Sire, de 
tes grandes miséricordes, et que sur 
moi ne vienne pas ta vengeance après 
ton pardon. Sire, je te crie pardon ! ne 
veuille pas clore tes oreilles à mes 
prières! Souviens-toi de moi, Sire, 
souviens-toi, pour que je sois en héri- 
tage de ton royaume, et que voyant 
ta gloire je puisse ouvrir la bouche et 
puissedire : Gloire au Père quim a fair, 
gloire au Fils qui m’a sauvé, gloire au 
Saint-Esprit qui m’arenouvelé! Amen! 

9 


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CONFESSION 


RES haut, très bénin, et très 
amoureux Dieu, créateur 
et gouverneur de toutes 

créatures, à ta très grande bonté je 
confesse tous mes péchés, en quelque 
manière que Je les aie faits, depuis 
cette heure où j'ai eu première con- 
naissance, jusqu'à l’heure présente, en 
laquelle, par ta grande miséricorde, 
tu me soutiens encore en vie! De 
tous, Sire, vraiment, je ne puis être en 
mémoire ; tant ilen va ! Mais trèsbon 
Seigneur et très miséricordieux Dieu, 
auquel sont manifestées toutes choses, 
où qu'elles se fassent, qui est le véri- 
table regardeur de pensées et très 


68 LIVRE DE PRIÈRES 

équitable chercheur des cœurs, tusais, 
Sire, tous mes péchés, ceux que j'ai 
faits ou fais encore, ou dans mon âme 
par pensées ou dehors par actions. Et 
comme véritablement je sais que toutes 
ces choses te sont connues, de toutes 
celles que je connais, et que j’ai faites 
contre ta volonté, je me confesse 
devant toi et devant tous les saints, je 
m'en tiens coupable et responsable. Et 
si ta divine miséricorde ne me secou- 
rait, après la mort de lachair, je crains 
d’être perpétuellement damné. Etpour- 
tant je sais, très doux Dieu, que tu 
m'as fait en ta grande miséricorde et 
que tu m'as eu en dilection, raison 
pour que je t'aime et te suive et que 
j'obéisse à tes commandements; car 
tu m'as fait, Sire, par amour de moi 
et non pour ton profit! 

Car tu ne manques de nul bien, car 
toi-même es le bien, et par toi est bon 
ce quiest bon, tune peux être meilleur. 

O mon vrai créateur et très misé- 
ricordieux Sire ! j’ai méprisé tes com- 


LIVRE DE PRIÈRES 69 


mandements, je me suis très orgueil- 
leusement porté, j'ai couru la route de 
perdition et de mort! 

— Vanitéet vent de vaine élévation 
j'ai suivi, très bon. Dieu! Devant ta 
toute-puissance je suis orgucilleux, 
vain, plein d'orgueil. Souvent, Sire, 
je fais cas de l’estimation des hommes, 
et il appert bien que je ne n'en enor- 
gueillis ; car si quelqu'un ne me parle 
pas de ce que j'ai fait, je lui en sais 
mauvais gré, et moi-même je meloue. 
Donc, doux Sire,mon créateur,secours- 
moi, aide-moien mes besoins, secours 
mon âme, et, par ton indicible miséri- 
corde, détruis et ôte de moi mon or- 
gueil! 

— Sire, bien d’autres choses j'ai en 
moi, comme colère, et impatience, 
odieuse discorde, imagination, ran- 
cune, ennuis de pensée, voracité de 
gueule, murmuration, avarice, rapine, 
et bien des choses semblables à celles- 
là. 

— Encore plus, j'ai un mal, Sire, 


TO LIVRE DE PRIÈRES 


au-dessus de tous mes autres maux, et 
c'est depuis que je suis sorti du ber- 
ceau, et toujours il est venu croissant 
en moi, durant l’enfance, et l'adoles- 
cence, et la jeunesse toujours, tou- 
jours, ila fait multiplication en moi, 
et encore aujourd’hui ne veut pas me 
laisser. Ce mal, Sire,c'est la délectation 
de la chair, tempête de luxure, qui, 
en trop de manières, a blessé et ôté de 
ta grâce ma chétive âme! 

— Très doux et très bénin Dieu, je 
me confesse aussi devant ton omni- 
potence de cela : par d’immondes ré- 
flexions j'enflamme et je nourris des 
ardeurs très grandes ettrès déshonnètes; 
non pas seulement les miennes mais 
les délectations des autres! 

‘ Mon Dieu et ma miséricorde, re- 
oarde à ta très grande pitié et me fais 
selon ta grande miséricorde. Si tu re- 
gardes, Sire, mes mauvaisetés, qui les 
pourra souffrir ? Qui pourra endurer 
ta justice, sans ta grande miséricorde ? 
Sois pitoyable à moi pécheur ; pardon- 


LIVRE DE PRIÈRES 71 


em 0 


ne-moi mes péchés et mes iniquités ! 
que par ta grande miséricorde, je sois 
mondé et purgé de tous mes vices, et 
miséricordieusement absous de tous 
mes péchés. Que quand ma vie sera 
finie, je puisse être au royaume des 
cieux, où je puisse, avec tous les saints, 
te louer, bénir et glorifier ! Amen! 
' 


SENTIMENTS DE CONTRITION 


toi, Sire, je manifeste les 

7e Ô secrets de mon cœur; àtoi 
< je confesse mes péchés et 

les laideurs de mon cœur. Certes, plus 
gravement j'ai péché que Sodome, et 
plus j'ai failli que Gomorrhe. Je suis 
ton débiteur, non seulement de dix 
mille talents; mais de tout le temps de 
ma vie j'ai à te rendre raison ; rom- 
peur de ta loi, et sur toutes choses 
négligent, désobéissant, et violateur de 
tes commandements en toute ma vie! 
Or, Sire, je viens À toi, en grande 
tristesse de cœur, en grande contrition 
de pleurs et de larmes. S'il te plait, 


veuille m’entendre et m'aider à retour- 
10 


74 LIVRE DE PRIÈRES 

ner à mon salut : ordonne toutes mes 
actions à ton doux plaisir. Que je pro- 
fite de jour en jour et aille de vertu en 
vertu. Je te prie, Sire, humblement, 
et en pleurant de cœur, quetu me 
veuilles pardonner et garder doréna- 
vant de faire choses te déplaisant ; car, 
Sire, sans ton aide, ma fragilité doute 
de pouvoir réussir. Lumière véritable, 
Ôte à mes yeux toute cécité humaine 
et tout.empêchement mondain et sé- 
culier : donne-moi, Sire, les armes de 
ton aide et de ta protection, donne- 
moi de toujours en ta dilection per- 
sévérer, de recevoir ta céleste bénédic- 
tion, afin que de la présente vie que 
tu m'as donnée, je me puisse élever 
en la perpétuelle gloire! Amen ! 


_. 


NN NES 


POUR OBTENIR PARDON 


mi NCORE, Sire miséricordieux 
et pardonneur de très 

grande miséricorde, de nou- 

veau je te prie que tu me remettes 
toutes mes offenses, de façon que mon 
âme soit remplie de ta douce béni- 
gnité; et octroie-moi pardon, de plé- 
nière indulgence. Aussi souvent que, 
par ma faute, j'ai péché, doux Dieu, 
qu’il te plaise me laver, par ta grande 
pitié ; que ne soient pas loin de moi ta 
miséricorde et ta clémence ! Mais de 
tout ce que j'ai fait contre toi, par la 
déception du diable et par ma propre 
iniquité et fragilité, veuille, 6 très bon 
et très miséricordieux Sire, me laver 


76 LIVRE DE PRIÈRES 


ee EE  _ _— 


par pardon ! Fais-moisain de mes plaies 
et me pardonne mes péchés de façon 
que par aucune des mauvaisetés que 
j'ai faites je ne puisse être séparé de 
toi; mais que toujours, ici eten tout 
lieu, aidé par toi et armé par ta dé- 
fense, je puisse, Sire, approcher de toi 
et finalement prendre l’éternelle gloire! 


POUR DEMANDER MISÉRICORDE 


RE, doux Dieu, à toi je me 
rends comme n'ayant nul 
autre refuge et nulle autre 
espérance qu’en toi, bien queje ne sois 
pas digne de lever les yeux pour te 
prier. Je devrais les aveugler de mes 
pleurs, car je suis confus de te prier, par 
vergogne de ma mauvaise conscience. 
C’est justice que je sois confondu en 
grande douleur et effrayée tristesse 
quand je regarde mes œuvres, mes 
péchés graves et innombrables. Ter- 
reur horrible, inconsolable tristesse, 
accablez-moi, troublez-moi, envelop- 
pez-moi, opprimez-moi, car sans nulle 
vergogne j'ai offensé Dieu ! C’est chose 


D 


78 LIVRE DE PRIÈRES 


raisonnable que moi, qui suis coupable, : 
je sente les tourments que j'ai mérités 
et que japprenne ce que j'aurai à 
souffrir. 

Il est juste que j'aie longue péni- 
tence puisque j'ai si longuementpéché 
et demeuré en mes péchés. 

Mais, Sire doux, si je me suis rendu 
coupable envers toi, je n’ai pas pu 
faire que tu ne m'aies créé; et si j'ai 
détruit ma chasteté je n’ai pu tueren 
même temps tatrès grande pitié ! Sire, 
Sire, si j'ai commis le cas dont tu me 
peux damner, toi, tu n'as pas perdu le 
pouvoir de me sauver. Ne t'arrête pas 
assez sur mon mal pour qu’il te fasse 
oublier ton bien. Tu as dit, Sire, que 
tu ne veux pas la mort du pécheur ; 
qui te force donc de me livrer à la 
mort, puisqu'il te plait que le pécheur 
vive et se convertisse, et qui te défend 
de faire ce que tu veux, qui est que je 
me convertisse et vive? La grandeur 
de mes péchés te peut-elle contraindre : 
à faire ce que tu ne veux pas? ette 


LIVRE DE PRIÈRES 79 


defend-elle de faire ce que tu peux, 
puisque tu es le Dieu omnipotent? 
Loin de toi, mon Dieu et mon Sei- 
gneur, que ma perversité l'emporte 
sur ta parole, la parole du tout-puis- 
sant! Souviens-toi, juste et bénin Dieu, 
que tu es mon miséricordieux créa- 
teur et récréateur; ne te souviens pas, 
bon Seigneur, de ta justice contre ton 
pécheur, mais sois en souvenance de 
ta bénignité envers ta créature! Ne 
sois pas en souvenance de ta colère 
contre le coupable, maïs souviens-toi 
de ta pitié envers le misérable. Par- 
donne-moi, bon Seigneur, toi de qui 
me vienttout salut, à moi chétif, mi- 
sérable, vil, et très entier pécheur: ce 
n’estpas chose impossible à ton om- 
nipotence. En exécutant ta justice n’a- 
bandonne pas ta miséricorde, car en 
tout temps tu es bon et vrai au siècle 
des siècles. 


ASE 


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A4 4444 


APPEL A LA BONTÉ DE DIEU 


IEU très bon, clément et mi- 
séricordieux, sois bénin sur 
mes péchés, que j'ai faits 

par le diable ou par ma propre volonté, 
ne les réserve pas à l’examen de ton 
jugement, maïs octroie-moi, s'il te 
plait, grâce et pardon !Car si devant toi 
je fais comparaison entre mes fautes 
et les maux et punitions que tu me 
donnes, je vois que le plus petit de mes 
péchés est plus grand qu'aucun châti- 
ment que j'aie reçu. Maisma mauvaise 
volonté et ma duretête ne se baissent 
devant aucun châtiment : ma vie se 
consume en regrets, mais elle ne de- 


vient pas meilleure en actions. 
11 


82 LIVRE DE PRIÈRES 


Situ me ménages je ne me corri- 
gerai pas ; 

Si tu te venges je ne durerai pas; 

Si j'ai des chagrins je promets reve- 
nir à toi; 

Dès que tu retires le couteau je ne 
fais pas ce que j'ai promis; 

Si tu frappes je te demande de me 
pardonner ; 

Si tu accèdes à ma prière je n'ai 
plus égard à toi; 

Si tu me frappes, dès que le mal est 
passé je ne m'en souviens plus ; 

Ma voix, je veux que tu l’entendes 
aussitôt ; sinon je murmure contre toi ; 
ta voix je ne l'écoute pas dans aucun 
de ses commandements. 

Oh! Sire, pardonne au coupable, 
car tu es très bon! Je sais bien, Sire, 
qu’en bonne justice tu dois punir, 
mais ily a en toi très grande pitiéet 
miséricorde surabondante. Aïe pitié de 
moi, Sire, quicrieàtoi! Ques'émeuve 
ta très grande miséricorde, de ma 
prière contrite et pleureuse. J'attends 


LIVRE DE PRIÈRES 83 


miséricorde de toi que j'airepoussé en 
péchant. Donne-moi donc, père très 
bon, de pleurer les fautes que j’ai com- 
mises pendant toute la durée du jour 
et de la nuit, et octroie-moi qu’affran- 
chi de tous mes maux par ta souve- 
raine bonté, je te serve. Redresse-moi, 
Sire Dieu, et par ta miséricorde en- 
seigne-moi comment je peux m'’élever 
à toi, dans la joie, le salut et la paix! 


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OK IC K SN v 


POUR DEMANDER LA CRAINTE 
DE DIEU 


ARDONNE, Sire très bon, par- 
donne à ma misère et à mes 
imperfections. Ne veuille 

pas me réprouver comme très indigne. 

O puissant Sire, terrible et très redouté, 

comment, sans contrition de cœur 

comme j'en devrais avoir, et sans pleurs 
de larmes, et sans frayeur, puis-je te 
louer et t'adorer et te bénir? Quoi, 

Sire, tes anges, pleins de merveilleuse 

excellence, quand ils t'adorent, ils 

tremblent de peur ; et moi, chétif mal- 
heureux pécheur, quand je te prie et 
viens devant toi, pourquoi de cœur ne 


£6 LIVRE DE PRIÈRES 


suis-je pas tremblant, moi qui suis si 
mauvais que nul ne l’est plus? Pour- 
quoi mon visage et Mon corps ne trem- 
blent-ils pas, car je ne sais quand tu 
voudras prendre vengeance de moi! 

Je le ferais volontiers, Sire; mais je 
ne le puis et je m'étonne de ne le pou- 
voir faire puisqu’avec les yeux de la 
foi je te vois très terrible. Mais qui le 
pourrait faire sans le secours de ta 
grâce ? tant notre salut est en ta seule 
miséricorde! 

Hélas! malheureux, en quelle ma- 
nière ai-je donc ainsi faussé mon âme 
pour qu’elle ne soit pas épouvantée de 
grande peur quand elleest devant Dieu 
et lui chante ses louanges ? Hélas! en 
quelle manière s’est donc endurci mon 
cœur pour que mes yeux ne pleurent 
pas continuellement fleuves de larmes, 
quand servant je parle avecle Souverain 
Seigneur, homme avec Dieu, créature 
avec le Créateur, fait de boue avec 
Celui qui de néant fit toutes choses ? 
Voici, Sire, que je me mets devant toi 


LIVRE DE PRIÈRES 87 


et me rends à toi; car derienne te 
puis faire hommage, fors que de cela 
même que tu m'as donné. Assure, je 
te prie, mon cœur en ta crainte! 


| PSP PSRS 


POUR DEMANDER L'AMOUR 
DE DIEU 


EUX qui te craignent ont en 

Ÿ toi espérance et tu es leur 

aide et leur protecteur; et 

par la crainte on vient à l’amour : 

comme Seigneur en effet on te doit 

craindre, et comme bon père t’aimer. 

Ilne manque rien à ceux qui t'aiment, 

car tes yeux sont sur eux et tes oreilles 
à leurs prières. 

Ma miséricorde et mon refuge, mon 
receveuret mon libérateur, donne-moi 
s’il te plaît ta crainte laquelle mettra 
en moi ton amour; et mets si bien en 
moi ton amour et ta crainte qu'en moi 


croisse le désir de toi! Fais-moi part 
12 


90 LIVRE DE PRIÈRES 


parmi ceux qui te craignent et gardent 
tes commandements. Que par crainte 
et servitude je mérire d'arriver à la 
grâce d'amour, par laquelle finalement 
j'arrive à ta gloire! 

Tremblant dans ma conscience, 
Dieu tout-puissant je viens devant toi ; 
mais aussi je viens à toi confiant dans 
ta miséricorde et ta pitié. Bien que je 
ne sois pas digne de t'adorer et de t'of- 
frir sacrifice, toutefois mieux vaut, ce 
me semble, l’essayer. Aussi je te prie, 
bon père et très gracieux, qu'il te 
plaise me regarder de ton doux visage, 
et prendre en gré ma petite et bonne 
volonté, et m'aider en la bonne affec- 
tion que tu me donnes, et regarder en 
moi les choses de mon cœur et les 
purger. Je suis étouffé par le poids de 
mes péchés et leur perversité. Je te 
prie, Sire, qu'ayant égard à mes priè- 
res tu fasses en moi toutes choses te 
plaisant ! 

Sur toutes choses, Bon Sire, je t’ap- 
pelle en mon âme, pour que tu la 


LIVRE DE PRIÈRES gI 


prépares pour toi par le désir. Entre 
donc, Sire, en elle et dispose-la pour 
que tu l’aies, car, Sire, c’est toi qui 
l'as formée, et par cela j'ai toujours 
droit à ce que tu mettes ton signe sur 
mon cœur. Jete supplie, Sire très mi- 
séricordieux, moi qui t'appelles, de ne 
pas m’abandonner; car avant que je 
t’appelasse tu m'avais appelé et de- 
mandé, voulant que moi, tonservant, 
je te cherchasse, et qu’en te cherchant 
je te trouvasse et que, trouvé, je t’ai- 
masse! Je t’ai cherché, je t'ai trouvé, 
Sire, et je désire t'aimer ! Sire, accrois 
mon désir, et donne-moi ce que jete 
demande qui est toi-même. Car quand 
tu me donnerais toutes les choses que 
tu as faites, elles ne me suffiraient pas 
à moi ton servant, sans toi-même. 
Vrai Dieu, donne-toi donc à moi, s’il 
te plait, rends-toi à moi; car c’est là ce 
que j'aime, car àtoi seul, vrai Dieu je 
suis tenu, etenta douce mémoire je 
me délecte. Vois, Sire,que quand mon 
me pense ct soupireàtoi et considère 


92 LIVRE DE PRIÈRES 


ton indicible bonté, l’image de lachair 
cause de grandes perturbations. Te plai- 
se, Sire, que mon cœur brûle etque ma 
pensée se délecte, et que tout mon en- 
tendement, tout mon esprit soit en- 
flammé par le désir de ta contempla- 
tion; donne à mon esprit les ailes de 
l'aigle pour qu’il vienne jusqu'à la 
beauté de ta maison et au séjour de ta 
gloire! Donne-lui de manger tes mets 
préparés sur la table du festin pour les 
citoyens du ciel. O Sire, sois un jour 
mon exaltation, toi qui es nion espé- 
rance, mon salut et ma rédemption! 
Tu es ma joie et ma richesse. Mon 
âme, Sire, te demande sans cesse. Oc- 
troie-lui, qu’en demandant, elle ne 
défaille pas! 

Vrai Dieu, lumière des âmes qui te 
voient, et vie des âmes qui t’aiment, 
et vertu des pensées de ceux qui te 
cherchent, pour m'ajuster à ton doux 
amour, jete prie, Sire, humblement et 
de cœur, qu’il te plaise de me faire ou- 
blier toutes vaines choses temporelles. 


POUR DEMANDER 


L'AIDE DE DIEU 


RAI Dieu, moi ta créature, 

es sous l’ombre de tes ailes et 

en ta bonté j’attendrai. C'est 

par elle que tu m'as fait. Aide, Sire, 
_ta créature qu’a faite ta sainte béni- 
gnité,afin que si je péris par ma per- 
versité, l'ouvrage qu'a faitta très haute 
bonté ne périsse pas, et que ma mi- 
sère ne détruise pas les choses qu’a faites 


ta souveraine clémence. Quel profit ai- 
je de ta création, si je descends en cor- 


94 LIVRE DE PRIÈRES 


ruption ? Tu es créateur, donc, Sire, 
dirige ce que tu as créé. Ne laisse pas 
périr l'œuvre de tes mains. Sire, tu 
m'as tiré du néant, et si tu ne me gou- 
vernes, je retournerai au néant. Sire, 
comme je n'étais rien et que de rien 
tu m'as fait, ainsi, si tu ne me gou- 
vernes, à rien je retournerai. Aide- 
moi, Sire, mon doux Dieu et ma douce 
vie, afin que je ne périsse pas par ma 
malice. Si tu ne m'eusses fait je ne 
serais pas, et parce que tu m'as fait, 
je suis; ni mes mérites, ni ma grâce 
ne t'ont contraint à me faire, tu m'as 
fait par ta très bénigne et souveraine 
bonté qui esten toi et par ta clémence. 
Cette charité, Sire Dieu, qui t’a porté 
à me créer, je te prie,Sire Dieu, quelle 
te pousse à me diriger. Quel profit 
pour ta charité qui m’a tiré du néant, 
si je péris en ma misère et si ta main 
ne me garde? Déjà, Sire, tu savais, 
quand tu m'as fait, tu savais Sire, que 
je suis imparfait si ta grâce ne m'aide, 
tu savais, Sire, toi quim'as fait de tes 


LIVRE DE FTRIÈRES 05 


mains, tu savais, Sire, ma fragilité; et 
tu as voulu envoyer ton doux fils en 
terre pour notre salut: Et puisque tu 
as tant fait pour moi, puisque tu as 
mis un si grand prix à mon salut, se 
pourra-t-il que par mes péchés déshon- 
nètes je vienne en corruption et dam- 
nation ? 

Ah Sire ! regarde-toi,ne me regarde 
pas ! regarde ta bonté et non ma mau- 
vaiseté, regarde ta perfection et non 
mon insufhsance, que te vienne pour 
mon salut là même charité qui te vint 
pour ma création. Je sais bien que tu 
es aussi puissant en charité pour me 
sauver, que tu le fus pour me créer; 
car tu es le même et la force de ton 
bras n’est pas diminuée. Ta miséricorde 
n'a pas failli et jamais ne faillira à pou- 
voir me sauver, tes oreilles ne se sont 
pas assourdies à ne pouvoir m'enten- 
dre ; mais ce sont mes très horribles 
péchés sans nombre et mes pensées 
et misères qui ont fait division entre 
toi et moi, entre vanité et vérité, 


96 LIVRE DE PRIÈRE 


entre cette défaillante vie et la per- 
pétuelle gloire, laquelle je te supplie, 
doux Sire,que tu me veuilles octroyer. 


POUR DEMANDER LES VERTUS 


RÈS doux Sire Dieu, je te sup- 
plie qu’il te plaise me par- 
donner mes péchés. Donne- 

moi, doux Sire, en mon cœur repen- 
tance, età l'esprit contrition, et à mes 
yeux fontaine de larmes, et à mes 
mains largesses d’aumônes ! 

Roi glorieux, amortis en moi le dé- 
sir de la chair et arme la vigueur de 
ton amour. Mon rédempteur, arrache 
de moi l'esprit d’orgueil et octroie- 
moi le précieux trésor de la vraie hu- 
milité. Mon doux sauveur, ôte de moi 
la fureur de colère, et octroie-moi la 
vraie lumière de patience. Mon créa- 


teur, Ôte de moi rancune et donne- 
13 


08 LIVRES DE PRIÈRES 


moi douceur de bénigne pensée. Donne- 
moi, très bon père, foi, convéniente 
espérance, continuelle charité ! 
Mon doux créateur, ôte de moi: 

Vanité de courage et inconstance de 
pensée ; 

Vide du cœur, 

Légèreté de bouche, 

Orgueil des yeux, 

Gloutonnerie de ventre, 

Blâme du prochain, 

Péché de diffamation, 

Désordonnée curiosité, 

Convoitise des richesses, 

Violence de rapine, 

Désir de vaine gloire, 

Hypocrisie, 

Venin d’adulation, 

Mépris des pauvres, 

Oppression des faibles, 

Ardeur d’avarice, 

Haine d’ennemi, 

Cri de blasphème, 

Ote-moi, mon créateur : 
Témérité et inique jugement, 


LIVRE DE PRIÈRES 09 


Désordonnés exercices, 

Perversité, 

Somnolence, 

Paresse, 

Difficulté de penser, 

Aveuglement de cœur, 
Obstination de jugement, 

Mauvaiseté d’habitudes, 
Désobéissance au bien, 

Refus de conseils, 

Rapine des pauvres, 

Violence aux faibles, 

Calomnie des innocents, 

Négligence envers les sujets, 

Cruauté envers les domestiques, 

Dureté envers les familiers, 

Sévérité envers le prochain. 

Mon Dieu, ma douce miséricorde, 

je te prie qu’il te plaise me donner: 
Faire les œuvres de miséricorde 
pitié et compassion, 

Aider les souffreteux, 

Secourir les malheureux, 
Conseiller les égarés, 

Consoler les tristes, 


100 LIVRE DE PRIÈRES 


© —@— © ——]—p—Z _ 


Relever les opprimés, 

Assister les pauvres, 

Soutenir les faibles, 

Pardonner à ceux qui m'ont fait 
mal, 

Aimer ceux qui me haïssent, 

Rendre le bien pour le mal, 

Ne mépriser personne mais tous 
honorer, 

Ressembler aux bons, 

Abattre les mauvais, 

Embrasser la vertu, 

Arracher le vice, 

Patience en adversité et continence 
en prospérité, | 

Garde et porte de défense à ma 
bouche, 

Silence à mes lèvres, 

Laisser les choses du monde, 

Désirer les choses célestes. 

Voici,mon créateur,bien des choses 
que je t’ai demandées,bien que je sache 
que je ne suispasdigne d’enobtenirune 
seule ; mais mon cœur s’enhardit à te 
supplier, car je prends exemple sur les 


LIVRE DE PRIÈRES IOI 


Jarrons et sur les meurtriers et vils pé- 
cheurs,auxquelstu pardonnesenunseul 
moment,et pardonnes quand il teplait. 
Car, mon doux Dieu et mon créateur 
de toutes choses, bien que tu sois mer- 
veilleux en toutes œuvres et toutes 
voies, tu es plus merveilleux encore 
dans tes œuvres miséricordieuses, dont 
toi-même, par un de tes servants, tu 
as dit : 

« Ma miséricorde est au-dessus de 
tous mes actes. » 

Car, Sire, tune méprises personne, 
tu n'as horreur d’aucun, fors du fou 
qui te nie. O mon Dieu, don de mon 
salut et mon receveur, moi, malheu- 
reux je t'ai. courroucé, j'ai agi mal 
devant toi, je t’ai mis en füreur, j'ai 
irrité ta grande colère ; j'ai péchéettu 
l'as souffert ! Si je me repens, tu me 
pardonnes; si je reviens à toi tu me 
reçois, et si je demeure en mon péché 
encore, tu m'attends! 

Doux Sire, mon vrai salut, je ne 
saisquetedire,jenesaisqueterépondre, 


102 LIVRE DE PRIÈRES 


je ne sais où me cacher, car tu as puis- 
sance sur tout! Tu m'as montré les 
voies de bien vivre et ouvert le che- 
min d’errer; tu m'as menacé d’enfer 
et promis la gloire du paradis. 

Maintenant, père de miséricorde, 
Dieu de toute consolation, forme mon 
cœur en la crainte afin que j'échappe 
aux choses dont tu menaces ; et rends- 
moi le confort de ton salut, afin que 
les biens promis je puisse les recevoir 
par ton amour | 


PEAPPPBARE 


SENTIMENTS 
DE RECONNAISSANCE 


IRE, moi, fils de ta servante, 
laquelle me remit en ta 
main, dans ces pauvres 

prières je t'ai ouvert mon cœur, pour 
dire les biens que tu m'as faits depuis 
ma création et en toute ma vie. Je sais, 
Sire, que l'ingratitude te déplait, qu’elle 
est racine de tous maux. 

Je te rends donc. grâces, Sire, afin 
de ne pas être ingrat; car tu m'as dé- 
livré maintes fois du péché et de la 
gueule du diable : et c’est mille mil- 
lions de fois que j’ai péché devant toi. 
Je ne m'occupais pas de toi et tu me 
gardais de tous maux. Je me séparais 
de toi et tu me ramenais à toi sans que 


104 LIVRE DE PRIÈRES 

je le susse. Je descendais jusqu'aux 
portes de l'enfer et tu me retenais en 
arrière; ettoi, Sire mon Sauveur, tu 
me délivrais de graves maladies, et de 
diverses plaies et blessures, et de beau- 
coup de périls sur mer et sur terre, 
m'étanttoujours présent et miséricor- 
dieusement assistant. Si je fusse mort 
alors, j'eusse perdu corps et âme. Ce 
sont làles bienfaits, avec beaucoup 
d’autres, que tu m'as donnés, par ta 
grande douceur et miséricorde. 

Sire, lumière de mon âme, mon 
Dieu, tu m'as éclairé, et fait connaître 
le peu que je connais, qui est que je 
vis par toi seul. Je t’adresse mes re- 
merciements, bien qu’ils soient vils et 
petits et bien inégaux à tes bienfaits. 
Mais tels qu’ils sont selon mafragilité, 
je te les offre, car tu es mon seul Dieu 
bénin. Comment dire, Sire, tous les 
biens que tu m’as déjà donnés; et j'ai 
fait tous les maux et tu m'as gardé de 
ta punition! Aussi que tout soit à toi, 
corps, cœur, âmeet tout ce que j'ai! 


ACTIONS DE GRACES 


toi, mon Dieu et ma misé- 
Lr Ô ricorde, je rends grâce, pre- 
EXP a. mièrement de ce que tu 
m'as donné quelque connaissance de 
toi. Je te rends grâce et louange de ce 
que depuis le commencement de mon 
enfance jusqu'à ma vie actuelle pleine 
de nombreux et divers péchés, tu as 
attendu mon amendement, en la pa- 
tience de ta grande bonté. Je te loue 
et je te glorifie de ce que, par le bras 
de ta vertu, tu m'as déiivré de beau- 
coup d’angoisses, de périls et de mi- 
sères, de ce que, autrefois, tu as délivré 
mon corps de grands maux et douleurs, 
Je te loue et je te glorifie de ce que tu 

14 


106 LIVRE DE PRIÈRES 


a + 


as daigné m'octroyer santé des mem- 
bres, tranquillité du temps, affection et 
charité de tes serviteurs, qui sont des 
dons de ta sainte pitié. Saint des Saints, 
qui sanctifies toutes choses, je te bénis, 
je te glorifie, je t'adore, je te rends 
grâce. Que toutes choses te bénissent, 
que tes anges et tes saints te bénissent! 
Que je te puisse bénir et adorer en 
toute ma vie et en tout mon être au- 
dedans et au dehors, mon salut et il- 
lumination ! | 

Que mes veux te bénissent, eux que 
tu as faits et préparés pour regarder la 
beauté de ta lumière, Ô ma douceur et 
ma délectation ! 

Que mes oreilles te puissent bénir, 
elles que tu as faites et préparées pour 
ouïr la voix de ta grande joie, Ô mon 
salut et ma récréation! 

Que mes narines te puissent bénir, 
elles que tu as faites pour la délectation 
de l'odeur de tes parfums, Ô ma lou- 
ange, mon cantique nouveau, mon 
exaltation ! 


LIVRE DE PRIÈRES 107 


Que ma langue te puisse bénir, elle 
que tu as faite pour raconter tes mer- 
veilles, Ô ma sagesse, ma méditation, 
mon conseil! 

Qu’en tout temps te puisse adorer et 
bénir mon cœur, lui que tu as fait, pré- 
paré, et que tu m'as donné pourcon- 
naître tes inestimables miséricordes, 
ô ma douce vie et mon bonheur! 

Que mon âme, quelque pécheresse 
qu'elle soit, te puisse bénir, elle que tu 
as faite et préparée pour user de tes 
biens en joie, Ô mon bienfaisant créa- 
teur et tout puissant! 

Je te bénis de tout mon cœur et de 
toutes mes entrailles, mon Dieu, mon 
doux amour! 


= 


FIN DU LIVRE DE PRIÈRES 


PAR 


| Gaston PHÉBUS 


Comte de Foix 


SECONDE PARTIE 


DEPUIS Gasron PHÉBUS 


PRIÈRE DU MATIN 


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PRIÈRE DU MATIN 


PAR 


CLEMENT MAROT 
1533 


L'ORAISON DOMINICALE 


ÈRE de nous, quieslà-haut, aux cieux, 
Sanctifié soit ton nom précieux! 
Advienne tôt ton saint règne parfait ! 

Ton ordre en terre ainsi qu’au ciel soit fait! 

Encejourd’huisois-nous tant débonnnaire 

Que nous donner notre pain ordinaire ! 

Pardonne-nousles maux vers toi commis, 

Comme faisons à tous nos ennemis! 


Et ne permets, en ce bas territoire, 
Tentation sur nous avoir victoire! 


116 LIVRE DE PRIÈRES 


Mais du Malin, cauteleux et subtil, 
Délivre-nous, 6 Père! Ainsisoit-il (1)! 


LA SALUTATION ANGÉLIQUE 


Réjouis-toi, Vierge Marie 

Pleine de grâce abondamment! 
Le Seigneur, qui tout seigneurie, 
Est avec toi divinement ! 


Bénite, certes, tu es entre 

Celles dessousle firmament! 

Car le fruit qui est en ton ventre 
Est bénit éternellement ! 


LE CREDO 


Je crois en Dieu le père tout-puissant, 
Qui créa terre et ciel resplendissant : 


(1) Ces vers ont été composés par Marot avant son évolution 
confessionnelle. Pendant son séjour à Genève, le Consistoire 
calviniste, par délibération du 16 juin 1543, raya des œuvres 
de Marot la Salutation angélique, 


LIVRE DE PRIÈRES 117 


Et en son fils unique Jésus-Christ, 
Notre-Seigneur, conçu du Saint-Esprit, 
Et de Marie entière Vierge né, 
Dessous Pilate à tort passionné ; 
Crucifié, mort, en croix étendu; 

Au tombeau mis; aux enfers descendu ; 
Et qui de mort reprit vie, au tiers jour; 
Monta là-haut au céleste séjour, 

Là où il sied, à la droite du père, 
Père éternel qui tout peut ettempère; 
Et doit encore de là venir ici 

Juger les morts et les vivants aussi. 


Au Saint-Esprit ma ferme foi est mise. 


Je crois la sainte et catholique église ; 
Être des saints et des fidèles une 

Vraie union, entre eux en tout commune ; 
De nos péchés pleine rémission ; 

Et de la chair résurrection ; 

Finalement, crois la vie éternelle. 

Telle est ma foi, etveuxmourirenelle. 


118 LIVRE DE PRIERÈS 


LE DÉCALOGUE 


Je suis ton Dieu, ton Dieu céleste 
Qui t'ai retiré hors d’émoi 

Et de servitude moleste 

Tu n'auras autre Dieu que moi 


Tailler ne te feras image, 

De quelque chose que ce soit, 

Si honneur lui fais et hommage, 
Ton Dieu jalousie en reçoit. 


En vain, son nom tant vénérable 
Ne jureras, car c’est mépris, 

Et Dieu tiendra pour un coupable 
Qui en vain son nom aura pris. 


Six jours travaille, et au septième, 
Sois du repos observateur 

Toi et les tiens, car, ce jour même 
Se reposa le Créateur. 


Honneur à père et mère porte, 
Afin de tes jours allonger, 
Sur la terre qui tout apporte, 
Là où Dieu t’a voulu loger. 


LIVRE DE PRIÈRES “119 


D'être meurtrier ne te hasarde, 
Mets toute paillardise au loin, 

Ne sois larron ; donne-t'en garde; 
Ne sois menteur, n1 faux témoin. 


De convoiter point ne t'advienne 
La maison ni femme d’autrui, 
Son servant, ni la bête sienne 
Ni nulle chose étant à lui. 


DEVANT LE CRUCIFIX 


O mon Sauveur, trop ma vue esttroublée 
Et de te voir j'ai pitié redoublée, 
Remémorant cette bénignité 

Qui te fit prendre habit d'humanité !… 
Donc, ô seul Dieu qui tous mes biens accrois 
Descends, hélas, de cette haute croix 
Jusques au bas de ce très sacré temple, 

A cette fin que mieux je te contemple!.. 


Et puisque j'ai envers toi tant méfait, 

Que si quelqu’un m’enavait autantfait, 
Je ne crois pas que pardon je lui fisse, 
De toi pourtant j'attends salut propice, 


120 LIVRE DE PRIÈRES 


Reconnaissant que ta bénignité 
Bien plusgrandeest que mon iniquité ! 


Fais, Ô Jésus, roi doux et amiable, 
Dieu très clément et juge pitoyable, 
Fais qu’en mes ans ta hautesse me donne 
Pour te servir saine pensée et bonne; 
Ne faire rien qu’à ton honneur etgloire, 
Tes mandements ouïr, garder, etcroire, 
Avec soupirs, regrets, et repentance 
De t'avoir fait par tant de fois offense ! 


Puis quand la vie à mort donnera lieu, 
Las! Tire-moimonrédempteur et Dieu, 
Là-haut, où joie indicible sentit 

Le bon larron, qui tard se repentit ; 
Pour que laissant ici-bas tout moleste, 
Je sois rempli de liesse céleste. 

Que tonamour, dedans mon cœur ancré 
M'ayant créé, près de toi me recrée | 


À LA SAINTE VIERGE 


En temps obscur, Étoile réfulcente, 
Rayon céleste, aube du jour fulgente, 


LIVRE DE PRIÈRES 121 


Port de Salut, admirable Pucelle, 

Rose de Mai, de Dieu mère et Ancelle, 

Reine des Anges au pécheur indulgente, 

Tournez vos yeux, maternelle régente, 

Vers vos enfants! Aidezà qui régente, 

Le parc de Dieu et sa sainte nacelle, 
Au temps obscur! 


Contre le Corps d’Église diligente 
Gent sans raison, de tout pointindigente, 
Et contre vous, a mise sa parcelle. 
Montrez-vous Mère ! et qu’ayons paix, par celle 
Qui a pouvoir ! La cause en est urgente, 

En temps obscur! 


16 


PRIÈRES POUR LE REPAS 


PRIÈRES POUR LE REPAS 


"PAR 


CLëmenT MAROT 
1533 


LE BENEDICITE 


OTRE bon père tout puissant, 
Qui gouvernes ta créature, 
Ouvre ta main, nous bénissant 
Pour sobrement prendre pâture. 
Donne-nous, par ton écriture, 
Que nos esprits soient nourris. 
Que tes biens, donnés par ta cure, 
Aussi de toi soient bénis. 


126 LIVRE DE PRIÈRES 


LES .GRACES 


Père éternel, qui nous ordonnes 

N’avoir souci du lendemain, 

Des biens que pource jour nousdonnes, 

Te remercions de cœur humain. 

Or, puisqu'il t'a plu, de ta main, 

Donner au corps manger et boire, 

Te plaise du céleste pain 

Paître nos âmes, à ta gloire! | | 
Amen. 


LES GRACES D'UN ENFANT 


Nous te remercions, notre Père céleste, | 
Du repas qu’avons pris ; aussi de tout le reste, 
Soit des biens, soit des maux. Messieurs, grand 
_ [bien vous fasse. 
. Priez Dieu qu’ilme donneaccroître danssa grâce, 
À la gloire de lui, auprofitde mon proche, 
Tantquesur mes parentsil n’en tombe reproche. 


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LA MESSE 


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LA MESSE 


DURANT LE TEMPS QUE L’ON OUIT 
LA MESSE 


(Manuscrit anonyme F. F., 940 de la Biblioth. nat.) 
(Quinzième siècle.) 


à ’Introit de la messe c’est l’en- 
3 trée de la messe. On doit 
alors recueillir tous ses sens, 
si bien qu'on ne doit penser ni regar- 
der à chose qu'on ait devant la vue ou 
l’ouiïe. 

Après, l’on chante neuf fois le Xy- 
rie : c'est en commémoration et signi- 
fiance qu’il y a neuf ordres d’anges au 
Paradis, et de chaque ordre vient à la 
messe une partie. On doit alors prier 
aux saintsanges qu’ilsprient pour nous. 

Et après on chante le Gloria in excel- 
17 


130 LIVRE DE PRIÈRES 


sis Deo. On doit alors louer Notre-Sei- 
gneur dévotement. 

Et après on ditles oraisons, en quoi 
on fait mémoires des saints pour qu'ils 
supplient Dieu pour nous. 

Et après on lit l’Epitre. C’est pour 
ainsi dire un messager qui vient appor- 
ter premières nouvelles que le Sire de 
tout le monde vient bientôt. 

Et après on chante le “Répons, l’Allé- 
luia, etla Séquence : ce sont les banniè- 
- res et les musiquesqui viennent devant 
le Seigneur. 


Et après on dit l'Evangile : c’est le 
vrai messager qui n'hésite pas et dit 
que certainement le Seigneur vient 
tout proche. 

Après on fait l'Offrande. On doit 
penser que deux sortes de gens y of- 
frent, les pauvres et les riches. Les 
riches offrent les riches offrandes et 
les pauvres les pauvres offrandes. On 
doit aussi offrir son pauvre cœur à 
Notre Seigneur pour qu'il le fasse ri- 
che de sa grâce. 


LIVRE DE PRIÈRES 131 


Après, le prêtre ditque l’on prie pour 
lui et on doit moult dévotement prier. 
Car il s’en va faire pour notre besoin. 

Puis le prêtre dit : Per omnia sæcula 
sæculorum et après il dit : Levez vos 
cœurs en haut! et nous répondons : 
nous les avons, avec le Seigneur. Et 
l’on doit avoir son cœur si disposé de- 
vant Dieu qu’on ne mente nine man- 
que à cette présence. 

Après on chante la louange emprun- 
tée aux anges: Sanctus, sanctus, sanctus, 
afin qu'ils descendent là, pour prépa- 
rer la table où Dieu repaît ses amis. 

Après l’on attend la venue de Notre- 
Seigneur. On doit faire comme quand 
le roi doit entrer dans une cité. Tous 
les malades vont à l’entrée, à sa ren- 
contre, et montrent leurs plus grandes 
maladies pour mieux recouvrer santé. 
Ainsi devons-nous faire quand leSire 
est venu. Donc il est bien couard celui 
qui n'ose comparoir et montrer ses 
défauts ; car le Sire vient pour trois 
choses : pour pardonner nos péchés, 


132 LIVRE DE PRIÈRES 


et pour nous donner grâce, et pour dé- 
livrer les Âmes du purgatoire. 

Après on dit le Pater Noster. Alors 
nous devons prier Dieu qu’il nous soit 
père toujours, et que nous ne puis- 
sions jamais mentir en l'appelant Père, 
et que sa sainte volonté soit faite en 
nous, et que nous pardonnions à tous 
ceux qui nous ont méfait. Ah Dieu! 
mettez paix entre moi et vous et met- 
tez paix entre moi et mon prochain. 
Que je le puisse aimer pour vous et 
en vous! Et aussi mettez paix entre 
moi et moi-même, c’est-à-dire entre 
mon âme et mon corps! que mon 
corps soitobéissant à mon âme, et que 
mon âme fasse sa volonté ! 

Après, on chante la Postcommunion. 
Alors on doit doucement saluer Notre- 
Seigneur et prier les anges qu'ils ne 
nous oublient pas et qu'ils servent nos 
besoins près de Notre Seigneur. 


D 


CLXRLLLEEXXL 


LES PSAUMES DE LA MESSE 


TRADUCTION DE 1345 
Manuscrit E. F, 9572, de la Biblioth. nat. 


PSAUME 42 


(Judica me Deus.) 


Dieu, juge-moi et entends 

ma cause contre la gent non 

sainte et sans pitié; et du 
mauvais homme et déceveur me veuille 
défendre et délivrer. 

Car tu es toute ma force. Pourquoi 
m'as-tu dépité et bouté arrière de toi ? 
Pourquoi m’en vais-je de toi, triste et 
dolent quand mon ennemi me donne 
tant à souffrir ? | 

Envoie-moi ta lumière et ta vérité, 
car elles m'ont mené et amené en ta 


134 LIVRE DE PRIÈRES 


sainte montagne et en tes tabernacles. 

Et j'irai et entreraiï à l’autel de Dieu, 
à Dieu qui égaie et fait joyeuse ma 
jeunesse. 

Je te confesserai et louerai en cy- 
thare, toi Dieu qui es mon Dieu : 
Pourquoi es-tu triste et pourquoi me 
troubles-tu mon âme? 

Espère et aie foi en Dieu ; car encore 
je le confesserai et je le louerai en di- 
sant : tu es le salut de ma face et de 
mon visage, tu es mon Dieu. 


PSAUME 25 


(Lavabo inter innocentes.) 


Je laverai mes mains entre les inno- 
cents, et j'irai autour de ton autel, Sire. 
Pour ouïr la voix de ta louange, 
pour raconter toutes tes merveilles. 
Sire, j'ai aimé la beauté de ta mai- 
son et le lieu où est l'habitation de 
ta gloire. 
Ne veuille perdre mon âme avecles 


LIVRE DE PRIÈRES 135 


mauvais, et ma vie avec les hommes 
de sang et pleins de péchés. 

En mains desquels ne sont qu’ini- 
quités et mauvaisetés : et Jeur dextre 
est remplie de dons. 

Et moi, en mon innocence et bonne 
simplesse, jesuis alléen avant, rachète- 
moi et aie pitié de moi. 

Mon pied n’a pas dévié du chemin 
droit : dans les églises je te bénirai, 
Sire. 


PRIÈRES 


POUR LA COMMUNIO! 


PRIÈRES POUR LA COMMUNION 


TRADUITES DE & L’IMITATION » 
PAR 
LE CHANCELIER MICHEL DE MARILLAC 
1625 


ACTE D’'HUMILITÉ 


EIGNEUR mon Dieu, vous êtes 
tout mon bien. Et qui suis- 
je, moi qui ose vous par- 

ler ? 

Je suis votre pauvre petit serviteur, 
un chétif vermisseau, plus pauvre et 
plus misérable que je ne puis ni n’ose 
dire | 

Souvenez-vous, Seigneur, que jene 
suis rien, que je n’ai rien, et que je ne 
puis rien | 


140 LIVRE DE PRIÈRES 


Vous êtes seul bon, juste, et saint : 
vous pouvez tout; vous satisfaites à 
tout; vous emplissez tout, hormis le 
pécheur que vous laissez vide ! 

Ressouvenez-vous de vos miséri- 
cordes, Seigneur, et remplissez mon 
cœur de votre grâce, puisque vous ne 
voulez pas que vos œuvres soient 
vides ! 


ACTE D'AMOUR 


O Jésus-Christ mon époux très aimé 
très pur amateur, Seigneur de toutes 
les créatures, qui me donnera les ailes 
de la vraie liberté pour voler et m’ar- 
rêter en vous? 

O Jésus, splendeur de la gloire éter- 
nelle, consolation de l'âme pèlerine, 
ma bouche demeure muette devant 
vous, et mon silence vous parle ! 

Jusques à quand, mon Seigneur, 
tarderez-vous de venir ? Venez à votre 
pauvre petit serviteur et le réjouissez. 


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D I TE SR 


LIVRE DE PRIÈRES I4I 


Venez, venez s’il vout plait; car sans 
vous je n'aurai ni jour ni heure de 
joie ! Vous êtes ma joie, et sans vous 
ma table est toute vide ! Je suis misé- 
rable et prisonnier chargé de fers, 
jusqu’à ce que vous me réjouissiez par 
la lumière de votre présence, me met- 
tiez en liberté, et me fassiez voir votre 
face aimable ! 

Que les autres cherchent autre chose 
au lieu de vous, tant qu’il leur plaira ; 
pour moirien ne me plaît ni ne me 
plaira, sinon Vous, mon Dieu, mon es- 
pérance et salut éternel ! 

Je ne me tairai point et ne cesserai 
point de prier, jusqu'à ce que votre 
grâce revienne, jusqu'à ce que me di- 
siez au dedans de mon âme: Me voici: 
je suis présent : me voici revenu à toi 
parce que tu m'as invoqué ; tes larmes 
et le désir de ton âme,ton humiliation 
et la contrition de ton cœur m’ont in- 
cliné et ramené à toi ! 


142 LIVRE DE PRIÈRES 


ACTE D'ABANDON 


Voici, Père très aimé, je suis en vos 
mains; je m'incline sous la verge de 
votre correction ! Frappez mon dos et 
mon col pour ployer à votre volonté 
lobliquité de mes affections ! Rendez- 
moi dévot disciple, comme vous avez 
bien accoutumé de faire quand il vous 
plait, afin que je puisse cheminer en- 
tièrement selon votre bon plaisir ! J'a- 
bandonne à vos corrections et moi, et 
tout ce qui est à moi. Il vaut mieux 
étre châtié en cemonde-ciqu’enlautre! 

Le sens des hommes se trompe sou- 
ventes fois en jugeant. En quoi 
l'homme est-il meilleur parce qu'il est 
estimé grand parmileshommes ? Quand 
un homme en exalte un autre, c'est 
un trompeur qui ment à un trompeur, 
un homme vain qui en abuse un autre 
aussi vain, un aveugle qui égare un 
aveugle, un malade qui traite un autre 
malade. Comme le dit l'humble ‘saint 


LIVRE DE PRIÈRES 143 
François, nous sommes ce que nous 
sommes devant Dieuet rien de plus! 


AVANT LA COMMUNION 


Seigneur, je m’approche de vous en 
simplicité de cœur, avec une bonne et 
ferme foi, par votre commandement, 
avec espoir et révérence, et crois vrai- 
ment que vous êtes ici présent, Dieu 
et homme, en ce sacrement. 

Voulez-vous donc que je vous re- 
çoive et que je m'unisse à vous en cha- 
rité? Je supplie votre clémence et vous 
supplie de me donner pour cela une 
grâce spéciale, afin que je sois tout 
écoulé en vous, et fondant en amour, 
et ne cherche plus aucune consolation 
étrangère, car ce très haut et très di- 
gne sacrement est le salut de l’âme et 
du corps, le remède de toute sorte de 
langueur spirituelle, par qui mes vices 
sont guéris,mes passions réfrénées, les 
tentations vaincues et dissimulées ; par 


144 LIVRE DE PRIÈRES 


qui je reçois plus grande grâce ; la vertu 
commencée est accrue, la foi confirmée, 
l'espérance fortifiée, la charité s’en- 
flamme et est dilatée… 

Car qui est celui qui approchant 
humblement de Ïa fontaine de douceur 
n’en emporte beaucoup de douceur,ou 
qui étant auprès d’un grand feu, n’en 
reçoit une grande chaleur ? Or vous 
êtes une fontaine toujours pleine et 
surabondante, un feu brûlant conti- 
nuellement et qui jamais ne s'éteint! 

S'il ne m'est pas permis de puiser 
dans l’abondance de la source, ni de 
boire tout mon soùl, je mettrai toute- 
fois ma bouche à l’ouverture de ce cé- 
leste canal, afin qu’au moins jy pren- 
_ ne quelquepetite gouttelette pouradou- 
cir ma soif et que je ne dessèche pas 
tout à fait ! Et si je ne puis encore, 
être tout céleste et aussi embrasé que 
les chérubins et les séraphins, je m'ef- 
forcerai de persévérer en dévotion et 
préparer mon cœur,afin qu’au moins, 
par l’humble réception du sacrement 


LIVRE DE PRIÈRES 145 


vivifique, j'obtienne quelque petite 
flammèche de l’embrasement divin! 

Bon Jésus, Sauveur très saint, sup- 
pléez débonnairement et gracieusement 
à tout ce qui me manque! 


APRÈS LA COMMUNION 


Me voici devant vous, pauvre et nu, 
demandant votre grâce et implorant 
votre miséricorde. Rassasiez votre men- 
diant famélique; échauffez ma froideur 
du feu de votre amour; illuminez 
mon aveuglement de la clarté de votre 
présence ; faites que toutes les choses 
de la terre me soient amères ; que j'aie 
patience en toutes les chosesennuyeuses 
et contraires, que je méprise et oublie 
toutes les choses basses et créées ! Ele- 
vez mon cœur à vous, au ciel, et ne 
me laissez point être vagabond sur la 
terre ! Vous seul me soyez doux doré- 
navant jusqu’à la fin des siècles, car 
vous êtes seul ma viandeet mon breu- 


vage, mon amour et ma joie ! 
19 


146 LIVRE DE PRIÈRES 


Que vous embrasiez totalement ma 
volonté par votre présence, me brûliez 
et me transformiez en vous, afin que 
je sois fait un même esprit avec vous, 
par la grâce de l'union intérieure, et 
par la liquéfaction d’un amour ardent ! 

Ne permettez pas que je m'en aîlle 
d'avec vous à jeun et aride ; mais faites 
miséricordieusement envers moi com- 
me vous avez souvent fait admirable- 
ment envers vos saints | 


PRIÈRE POUR SOI ET POUR AUTRUI 


Seigneur, je m'offre aujourd’hui à 
vous en la simplicité de mon cœur, 
pour être votre serviteur à jamais! 

Seigneur, je vous offre, et en votre 
autel de réconciliation, tous mes crimes 
et péchés que j'ai commis en votre pré- 
sence et celle de vossaints anges, depuis 
que premièrement j'ai pu pécher jus- 
ques à maintenant, afin que vous les | 
brûliez et consommiez tous par le feu 
de votre charité ! 


LS 


BC PE. “I SEE PT ‘ =, — 


LIVRE DE PRIÈRES 147 


Seigneur, je vous offre aussi toutes 
mes bonnes œuvres, encore qu’elles 
soient en très petit nombre et impar- 
faites, afin que vous les ayez agréables. 

Seigneur, je vous offre aussi tous les 
bons désirs des personnes dévotes, les 
nécessités de mon père et de ma mère; 
de mes amis, frères sœurs; de tous 
ceux que j'ai en affection; de ceux qui 
pour l’amour de vous m'ont fait du bien 
à moi ou aux autres ; de ceux qui ont 
désiré ou demandé mes prières pour 
eux et tous les leurs; que tous, soit 
qu’ils soient encore vivants, soit qu'ils 
aient trépassé, reçoivent l’aide de votre 
grâce, le secours de la consolation, la 
protection dans les dangers et la déli- 
vrance des peines ! 

Seigneur, je vous offre aussi les prières 
et les hosties de réconciliation spécia- 
lement pour ceux-là qui m'ont offen- 
sé en quelque chose, m'ont contristé 
ou diffamé, m'ont apporté quelque 
dommage ou injures; pour tous ceux 
aussi que j'ai quelquefois fâchés, trou- 


| 


148 LIVRE DE PRIÈRES 


——_—— 


\ 


blés, offensés et scandalisés, par parole 
ou action, sciemment ouignoramment ; 
pour que vous nous pardonniez à tous 
également nos péchés et mutuelles of- 
fenses. 

Otez de nos cœurs, Seigneur, tout 
soupçon, indignation, colère, ou con- 
tention, et tout ce qui peut blesser la 
charité et diminuer la dilection frater- 
nelle ! 

Ayez pitié, Seigneur, de ceux qui re- 
quièrent votre miséricorde ; faites grâce 
aux nécessiteux : rendez-nous tels que 
nous soyons dignes de jouir de votre 
grâce et que nous en fassions profit pour 
parvenir à la vie éternelle ! 


DOUZE BIENFAITS 


DE 
L'EUCHARISTIE 


(Manuscrit anonyme F F, 940, Biblioth. nat.) 
(Quinzième siècle ) 


E premier bien que le Saint- 

2 Sacrement fait, c'est qu'il 
guérit l’âme qui est malade 

de péché car celui qui est malade doit 
aller au médecin. Vous voyez, quand 
un homme est malade, que la méde- 
cine lui donne santé du corps. Aussi 
reçoit-on la santé de l’âme, quand on 
reçoit le sacrement de l'autel. Et on 
doit dire à notre beau Sire Dieu : Vous 
êtes médecin et médecine; Sire, je suis 


150 LIVRE DE PRIÈRES 


malade ; je viens à vous pour être gué- 
rie. Sauvez-moi donc, Sire, car vous 
êtes ma louange, mon espérance et 
mon confort. 


I 


Le second bienque le sacrement fait, 
c'est qu’il essuie dans l’âme le péché et 
Ja peine. Le péché, quand il est fait, 
fait une tache en l’âme. Il y a faute 
etily a peine, après; ce sont ces deux 
choses qu’efface en l’âme le sacrement. 
Il essuie les péchés véniels et allège la 
pénitence des péchés mortels dont on 
s’est confessé. 


III 


Le troisième bien que le sacrement 
fait, c'est qu'ilfait refleurir ce qui était 
perdu. Il advient qu'une âme reste en 
grâce longtemps et fait moult bonnes 
œuvres et acquiert moult bonnes ver- 
tus, après il advient qu’elle tombe en 


LIVRE DE PRIÈRES 151 


péché mortel; d’où sont perdus tous 
les biens qu’elle avait À salut; car si 
elle mourait en péché mortel elle serait 
perdue et ses anciens mérites seraient 
anéantis. Mais quand notre Sire ap- 
pelle une âme par sa sainte grâce et 
lui donne vraie repentance, alors notre 
Sire restaure en elle tous les biens 
qu’elle avait perdus; il ne pardonne 
pas seulementles péchés qui sont faits, 
mais il donne force contre ceux qui sont 
à venir, et contre les tentations de 
l'ennemi, lequel est si fort que nul ne 
pourrait se tenir là contre si n'étaient 
la vertu et la force du sacrement que 
l’on prend et les messes que l’on chante 
et que l’on ouït chaque jour. 


IV 


Le quatrième bien que le sacrement 
fait, c’est qu’il purifie le cœur. Car il 
advient souvent que le cœur tombe 
en obscurité de péché et d'ignorance 
ou en paresse ou en pesanteur de cou- 


152 LIVRE DE PRIÈRES 


rage. Car le corps qui est corruption 
appesantit l'âme, et l'habitation ter- 
rienne domine le sens. Maïs quand 
l’on vient au sacrement, notre Sire ap- 
porte une si grande clarté de connais- 
sance qu’il Ôte toute obscurité de péché 
d'ignorance. Alors le cœur qui avant 
étaiten ténèbres est purgé par la vertu 
du Saint-Sacrement. Et quand l’âme 
reçoit Notre-Seigneur elle doit lui dire : 
Sire, je suis obscurcie par les ténèbres 
de mes péchés; mais je viens à vous 
pour que votre lumière purge mon 
cœur par la clarté de votre grâce. 


V 


, Le cinquième bien que le sacrement 
fait, c’est qu'il garnit l’âme comme le 
riche homme approvisionne son châtel 
quand il craint le siège de ses ennemis. 
De pain on doit garnir le châtel de 
l’âme, c’est-à-dire du corps de Notre- 
Seigneur qui est pain de vie et du ciel 
descendit. Nous devons aussi notre 


En  -.* : = SC, ES root 


_mt 


LIVRE DE PRIÈRES 153 


ms 


châtel, c'est-à-dire notre âme garnir de 
vin, c’est-à-dire du calice. En effetnous 
devons croire fermement que là où est 
la chair, là est le sang et que là où est 
le sang là est la chair; et en chacun 
des deux on prend le Sacrement entiè- 
rement, carilne peut être partagé. De 
ce pain et de ce vin nous devons garnir 
notre châtel contre nos ennemis. Et 
quand on prend le Sacrement on doit 
dire à Notre-Seigneur : Sire, jetiens ce 
châtel de vous et je n’ai pas de quoi 
le garnir. Et j’ai moult d’ennemis qui 
le veulent prendre, Sire, je viens à vous 
pour que vous l’approvisionniezde vous! 


VI 


Le sixième bien que le sacrement 
fait c’est qu’il fortifie; car il advient 
qu'une âme a repentance mais elle la 
perd. Le sacrement a si grande force 
qu'il confirme cette repentance, il 
donne à l’âme si grande force qu'il la 


soutient à salut : et aussi advient-il 
20 


194 LIVRE DE PRIÈRES 


des bons propos et des bonnes volon- 
tés qu’ils sont confirmés par la force 
du sacrement. Aussi le devons-nous 
prendre et prier pour qu’il nous con- 
firme en des biens qui ont été com- 
mencés par lui. | 


VII 


Le septième bien que le sacrement 
fait c’estqu'il mue l’âme en lui-même, 
elle est soutenue et renforcée; tandis 
qu’elle défaille si elle ne l’a. Aussi le 
doit-on prendre. 


VII 


Le huitième est que le sacrement 
de l'autel donne vie ; car c’est la viande 
de l’âme par quoi elle est nourrie; et 
l’on doit dire à Notre-Seigneur : Sire, 
vous êtes la vie de l’âme tandis queje 
meurs par mes péchés et mes négli- 
gences. Beau Sire, venez et visitez l’Âme 
qui ne peut vivre sans vous! 


LIVRE DE PRIÈRES 155 


IX 


Le neuvième bien que le sacrement 
fait c’est qu’il donne envolée du cœur ; 
que le cœur est plus léger, plus dis- 
posé à tous les biens, et dont l’âme 
doit dire : Mon âme bénit Notre-Sei- 
gneur! 


X 


Le dixième bien que le sacrement 
fait c’est qu’il donne part à l’âme dans 
la compagnie du Saint-Esprit, et dans 
tous les biens qui sont faits en ciel et 
en terre et aussi l’appelle-t-on commu- 
nion parce qu’il y a communication de 
tous les biens. Vous savez bien que 
quand deux gens mangent à la même 
écuelle et boivent au même hanap, ils 
s’entredonnent foi et loyauté, et s'ils 
les brisent, onles tient comme dé- 
loyaux. Mais, bien qu’ils mangent en- 
semble, l’un pourtant ne mange pas ce 


156 LIVRE DE PRIÈRES 


que l’autre mange; l’un mange une 
partie de la viande et l’autre une autre 
partie ; etil enest ainsi du boire. Tan- 
dis que quand nous mangeons à la 
table que Notre-Seigneur c’estle même 
corps quel’un prend et queprend l'autre 
aussi. Donc doit-il y avoir entre nous 
grand amour et grande concorde. Si 
elle n’y est, c’est grand douleur ! Après 
que l'on a mangé en taverne avec 
compagnons, ilconvientsonécot payer. 
Mais quand on mange à la table de 
Notre-Seigneur, notre Sire paie l’écot. 
Il fait donc bon l’accompagner, car on 
n'y peut rien perdre. 


XI 


Le onzième bien que le sacrement 
fait, c’est qu’il donne délices. Cœur ne 
pourrait penser ni bouche goûter les 
délices de ceux qui les prennent digne- 
ment; car y sont restaurés les deux 
biens que nous perdimes par Adam 


LIVRE DE PRIÈRES 157 


notre premier père. Savoir amour et 
connaissance, car avant qu Adam ne 
péchât il avait si grand amour que son 
amour pour soncréateur dépassait tous 
les amours de plusieurs mères s'ils 
eussent pu se trouver ensemble en un 
seul cœur. Et il avait si grande con- 
naissance qu'il connaissait plusieurs 
choses qui étaient à venir jusqu’à la 
fin du monde. Il a perdu ces deux cho- 
ses par le péché. Toutes les fois que 
nous recevons le Sacrement nous de- 
vons demander ces deux choses à Notre- 
Seigneur. 


XII 


Le douzième bien que le sacrement 
fait c'est qu’il donne vie éternelle. 
Nous le prenons parce qu’il nous doit 
conduire et mettre en possession de 
cette vie qui nous est promise en la fin. 


158 LIVRE DE PRIÈRES 


CONCLUSION . 


Pour ces biens et pour plusieurs au- 
tresquien viennent, je loue quechacun, 
en quelque rang qu'il soit, prenne ce 
sacrement, toutes les fois que son or- 
dinaire (1) le lui offrira, pourvu qu’il 
n'ait pas sur la conscience de péché 
mortel. 


(1) L'autorité ecclésiastique. 


QUINZE PENSÉES 


SUR 


L'EUCHARISTIE 


(Manuscrit FF, 940, Biblioth. nat. Quinzième siècle.) 


ETTE viande ne s’assimile pas 
) ss à chacun. Il y en a qui ne 
k la mâchent pas, mais qui 
l’engloutissent en hâte. On doit y faire 
mordre au plus profond que l’on peut 
les dents de l’entendement pour que la 
suavité de sa saveur en soit exprimée 
au dehors et qu’en sorte la saveur. 
Vous avez entendu dire que dans la 
nature ce qui mieux est trituré, mieux 
nourrit. La trituration des dents ce 
sont les profondes et aiguës méditations 
sur le sacrement lui-même. 


160 LIVRE DE PRIÈRES 


I. 


La première dent ou la première 
pensée est que Jésus-Christ Fils de Dieu 
est là au sacrement comme médecin 
pour guérir et assainir nos plaies. 


2. 


La seconde est qu’il est là comme 
prêtre pour nous sanctifier et pour 
nous laver, nettoyer et embellir. 


3- 


La troisième: qu'il est [à comme 
notre champion contre Dieu le Père 
pour répondre à sa justice. 


4. 


La quatrième: qu’il est là comme 
notre avocat devant Dieu le père et 
devant nos ennemis. 


=. sn de A ed Ca» y as 


LIVRE DE PRIÈRES 161 


ee 


La cinquième: qu'il est comme in- 
termédiaire entre Dieu le Père et nous. 


6. 


TS 


La sixième : qu’il s'offre à Dieu le 
Père pour ses ennemis, de toute l’a- 
bondance de sa miséricorde; ce qui 


nous enseigne à pardonner toute 
haine. 


7: 


La septième : qu'il est là comme 
époux jaloux ‘et comme vrai amant 
qui prend étrange vêtement, c'est-à- 
dire la forme du pain. 


8. 


La huitième : qu'il est là comme 
notreconvoyeur et notre conducteur, 


21 


102 LIVRE DE PRIÈRES 


qu’il nous attend en son sanctuaire, 
pour qu’à l'issue de ce siècle, nous qui 
avons tout laissé, il nous conduise en 
la célestiale cité, et nous défende contre 
nos ennemis et contre les diables. 


9. 


La neuvième: qu'il est là comme 
exemplaire de toute largesse, nous en- 
seignant à délaisser toute avarice et 
toute propriété et à rendre tous nos 
biens communs à tous. 


10. 


La dixième : que là est représentée 
sa très sainte passion : les linges cor- 
poraux représentant le drap en quoi il 
fut enveloppé ; le calice figurant le sé- 
pulcre ; la patène, la pierre qui fut mise 
dessus; et l’autel la croix dont il est 
écrit en l'Evangile Saint-Marc : Faites 
cette chose en ma ressemblance. 


LIVRE DE PRIÈRES 163 


II. 


La onzième est ,de penser de com- 
bien grand prix nous sommes devant 
lui qui si souvent vient à nous: ce qui 
ôte toute désespération. 


12. 


La douzième est qu’il est là comnie 
épicier plein de toutes épices aroma- 
tiques, de dons et de grâces, comme 
cannelle et baume fleurant doux, et 
comme myrrhe donnant bonne odeur 
ainsi qu'on lit en l’Ecclésiastique. Et 
tous les Saints accourent à cette odeur, 
comme il est écrit au Cantique. Et pre- 
mièrement les Patriarches et les Pro- 
phètes, encore qu’ils vécussent deux 
mille ans et plus auparavant, sentirent 
cette odeur. 


13. 
La treizième pensée est qu'il est 
comme une fournaise plus grande que 


164 LIVRE DE PRIÈRES 


si tout le monde y brûlait. Et néan- 
moins nous ne sentons pas son ardeur ! 


I4. 


La quatorzième est qu’il est là com- 
me viande pour nous repaître et soûler. 
Aussi l'on doit avoir grand soifet grand 
faim de cette viande et de ce boire de 
salut ; car comme on lit en l'Evangile 
Saint-Luc : il a rempli Les faméliques 
de biens eta laissé les riches vides ! 
Nous y devons approcher et aller à 
jeun de peur que par aventure si nous 
étions soûlés d’autres viandes, nous ne 
rendions. Puis, nous devons être bien 
vêtus et bien ornés de bonnes vertus 
quand nous venons à la cour et appro- 
chons de la table d’un si grand roi, 
pour qu’ilne nous soit pas dit ce qui 
est en l'Evangile : comment entres-tu 
ici, toi qui n’as pas revêtu ta robe de 
noce ? Car aucun ribaut nu et conchié 
ne doit venir à table avec rois et prin- 
ces! Et enfin il faut être net de bou- 


LIVRE DE PRIÈRES 165 


che et avoir, avant, lavé nos mains, 
quand nous seyons à une même table 
avec sigrand seigneur et mangeons à 
une même écuelle et en même com- 
pagnie et buvons à un même hanap. 


IS. 


La quinzième est que le sacrement 
est à l'autel nonseulement comme 
viande pour nous soûleret nous ressoù- 
ler,mais,qui plus est,pour nous déifier. 
Il nous fait Dieu en nous donnantsur 
toutes choses de nous mouvoir et ra- 
vir et enflammer en son amour. Aussi 
lit-on dans les Confessions de Saint- 
Augustin le glorieux maître, qu’il lui 
fut dit: Tu ne me transformeras pas 
en toicommeune viande en ta chair ; 
mais tu seras transformé en moi! 


LES VÉPRES DU DIMANCHE 


BEEN 


LES VÊPRES DU DIMANCHE 


TRADUCTION ANONYME DE 1345 


(Manuscrit F F, 9572, de la Bibl. nat.) 


PSAUME 109 


(Dixit Dominus Domino meo.) 


OTRE Sire a dit À mon Sei- 
gneur : Sieds-toi à ma dex- 
tre, 

Jusques à tant que j'aie mis tes en- 
nemis comme escabel sous tes pieds. 

Dieu, notre Sire, enverra de Sion la 
verge de ta vertu et de ta force, pour 
avoir la seigneurie au-dessus de tes 
ennemis. 

Avec toi est le commencement au 


jour de ta vertu, en la clarté luisante 
22 


170 LIVRE DE PRIÈRES 


des saints : dès le ventre je t’ai en- 
gendré, devant que Lucifer fût fait. 

Notre Sire a juré et point ne s’en 
repentira. Tu es prêtre à toujours, se- 
lon l’ordre de Melchisédec ; notre Sire 
est à ta dextre; il a brisé et abattu les 
rois, au jour de sa colère et de son 
Courroux. 

Il jugera en nations, il emplira les 
ruines ; il cassera et froissera les têtes 
et les chefs, en la terre, de maint et 
de plusieurs. 

Il boira et a bu du ruissel en la voie : 
à cause de cela il élèvera la tête. 


PSAUME IIO 


(Confitebor tibi, Domine.) 


Sire, je me confesserai à toi de tout 
mon cœur dans le conseil et la ‘con- 
grégation des saints. 

Grandes sont les œuvres de Notre- 
Seigneur, et exquises en toutes ses vo- 
lontés. 

Confession, louange et magnificence 


LIVRE DE PRIÈRES 171 


est son ouvrage, et sa justice persévère 
et dure à toujours. 

Ia fait mémoire et souvenance de 
ses merveilles. Miséricordieux et mi- 
sérateur est notre Sire, qui a donné 
viande à ceux qui le craignent. 

Il lui souviendra toujours et il aura 
mémoire de son testament et de s1 
loi, et la vertu de ses œuvres il l’an- 
noncera à son peuple ; 

Pour lui donner l’héritage des gens 
mécréants. Les œuvres de ses mains 
sont vérité et jugement. 

Loyaux et justes sont tous ses com- 
mandements confirmés de siècle en siè- 
cle ; ils sont faits en vérité et en équité. 

Il aenvoyé rédemption à son peuple, 
il a mandé que son testament et sa loi 
dureraient toujours. 

Saintet terrible est son nom, le com- 
mencement de toute sapience est la 
peur de Dieu Notre-Seigneur. 

Bon entendement sera donné à tous 
ceux qui'agiront avec lui. Sa louange 
est de siècle en siècle et sans fin ! 


172 LIVRE DE PRIÈRES 


PSAUME Ill 


(Beatus vir qui timet Dominum.) 


Bienheureux est l'homme qui re- 
doute notre Seigneur : il sera prêt à 
observer tous ses commandements. 

Puissant et grand sera son lignage 
en terre, et la génération des justes 
sera toujours bénie. 

Gloire et richesse sont en sa maison 
et sa justice demeurera et persévérera 
de siècle en siècle. 

La lumière s’est levée pour le juste 
et le droiturier de cœur au milieu des 
ténèbres. Miséricordieux et bon et juste 
est notre Sire. 

Joyeux est l’homme qui a bonne- 
ment pitié d’autrui : il ordonnera et 
disposera ses paroles. en jugement, il 
ne sera jamais ébranlé ni ôté. 

Le Juste sera en mémoire et en sou- 
venance perpétuelle et à toujours. De 
nul mal qu’il peut ouïr, d'aucun mau- 


LIVRE DE PRIÈRES 17 3 


ee 
_ 


vais rapport il ne craindra ni n’a rien 
à craindre. 

Son cœur est tout préparé à espérer 
en notre Seigneur, son cœur est affermi. 
Il ne sera ni mu ni ébranlé jusqu’à ce 
qu'il ait défait ses ennemis. 

Il a partagé ses biens et donné aux 
pauvres, et sa justice durera et demeu- 
rera de siècle en siècle et son casque 
sera exaucé en gloire. 

Le pécheur verra cela et se courrou- 
cera, il grincera des dents par chagrin, 
et défaillira tout entier, ét le désir du 
pécheur périra. 


PSAUME 112 


(Laudate pueri Dominum.) 


Enfants et sergents de Dieu, louez 
notre Seigneur, louez le nom de notre 
Seigneur. 

Que le nom de notre-Seigneur soit 
béni dès maintenant jusqu’à toujours. 

Dès soleil levant jasqu’à soleil cou- 


174 LIVRE DE PRIÈRES 


chant, louable et digne d’être loué est 
le nom de notre Seigneur. 

Très haut et très excellent au-dessus 
de toutes gens est notre Sire et sa 
gloire est au-dessus des cieux. 

Qui est celui qui est tel comme est 
Dieu notre Sire, qui habite tout là- 
haut et qui regarde les choses au-des- 
sous, en ciel et en terre; 

Qui relève le disetteux de terre etde 
sa pauvreté, qui élève et qui glorifie 
le pauvre homme; 

Pour le mettre avec les princes, avec 
les princes de son peuple; 

Qui fait que la femme stérile devient 
en sa maison mère heureuse et joyeuse 
de plusieurs enfants! 


PSAUME 113 


(In exitu Israël de Egypto.) 


Quand Israël sortit hors d'Egypte, 
quand la maison de Jacob et toute sa 
descendance quittèrent le peuple bar- 
barin, | 


LIVRE DE PRIÈRES 175 


La juiverie donc lui fut consacrée et 
Israël fut son domaine. 

La mer vit tous ceux-là et s'enfuit 
devant eux et le fleuve Jourdain recula 
et remonta à contremont, 

Les montagnes se réjouirent et fi- 
rent fête comme font les moutons; et 
les coteaux de montagnes comme font 
les agneaux des brebis. 

Qu’as-tu trouvé, mer, et que t’est-il 
advenu que tu as fui ? Et toi, Jourdain, 
qui as reculé et retourné à contremont ? 

Pourquoi, montagnes, êtes-vous de 
joie tressaillies, et vous, coteaux de 
montagnes, comme les agneaux des 
brebis ? 

Devant la face de notre Seigneur la 
terre s’est toute mue, devant la face du 
Dieu de Jacob. 

Qui a converti et mué la terre dure 
en grands, étangs d’eau, et les roches 
dures en fontaines d’eau. 

Non pas à nous, Seigneur, mais à 
ton nom donne gloire! 

Debout ta miséricorde et ta vérité! 


176 LIVRE DE PRIÈRES 


Que jamais les gens ne puissent dire 
et nous reprocher : où est leur Dieu ? 

Notre Dieu est au ciel, toute chose 
qu’il a voulue il la faite. 

Les idoles etles dieux des gens mé- 
créants, sont or et argent, les œuvres 
des mauvais hommes. 

Ils ont bouche et ne peuvent parler 
et jamais ne diront mot; ils ont yeux 
et ne voient goutte. 

Ils ont oreilles et ne peuvent ouir, 
ils ont narine et ne peuvent odorer. 

Ils ont main et ne peuvent palper. 
Ils ontpieds et ne peuvent aller, ils ne 
crieront pas de la gorge. 

Que ceux qui les ont faits et font 
soient semblables à eux et aussi ceux 
qui se fient à eux. 

La maison d'Israël a espéré et s’est 
fiée en notre Seigneur, car il est leur 
aide et leur protecteur et défense. 

La maison d’Aaron 2 espéré et s’est 
fiée en notre Seigneur, car il est leur 
aide et leur protecteur et défense. 

Ceux qui craignent notre Seigneur 


LIVRE DE PRIÈRES 197 


me 


ont espéré et se sont fiés en notre Sei- 
gneur, car il est leur adjuteur et aide, 
et leur protecteur et défense. 

Notre Sire s’est souvenu de nous et 
nous a bénis. 

Il a bénila maison d'Israël, il a béni 
la maison d’Aaron. 

Il a béni tous ceux qui redoutent 
notre Seigneur, les plus petits et les 
plus grands. 

Que notre Seigneur ajoute sa béné- 
diction sur vous et sur vos enfants. 

Vous êtes bénis de notre Seigneur 
qui a fait ciel et terre. 

Le ciel du ciel soit à notre Seigneur : 
il a donné Ja terre aux enfants des. 
hommes. 

Les morts, Sire, ne te loueront pas,, 
non plus ceux qui descendent en enfer. 

Mais nous qui vivons, bénissons 
notre Seigneur dès maintenant, jus-- 
qu’à toujours, sans fin. 


23 


178 LIVRE DE PRIÈRES 


MAGNIFICAT 


Mon âme magnifie et loue notre Sei- 
gneur. 

Mon esprit s'est réjoui en Dieu mon 
sauveur. 

Car il a regardé l'humilité de sa de- 
moiselle et servante, et voici que tou- 
tes générations, pour cela, bienheu- 
reuse me diront. 

Car grande chose a fait en moi celui 
. quiest très puissant etsonnomestsaint. 

Et sa miséricorde s'étend de lignée 
en lignée, à ceux qui le redoutent. 

Il a fait puissance en son bras, il a 
chassé les présomptueux et orgueilleux 
de cœur. 

Il a déposé les puissants et orgueil- 
leux, les a mis hors de leur siège et 
de leur orgueil, il a rehaussé les hum- 
bles. 

Il a rempli et soûlé les faméliques ; 
et les riches il les a laissés tout vides. 


LIVRE DE PRIÈRES 179 


Il a reçu Israël pour son enfant, car 
il a eu mémoireet s’est souvenu de sa 
miséricorde comme il l’avait promis à 
nos pères, à Abraham et à sa lignée et 
à ses enfants, à toujours! 


LES SEPT PSAUMES 


LA PÉNITENCE 


RARSASRAS ES RE 


LES SEPT PSAUMES 


DE 


LA PÉNITENCE 


TRADUCTION ANONYME DE 1345 


(Manuscrit FF, 9572, de la Bibl. nat.) 


PSAUME 6 


(Domine ne in furore tuo.) 


Sire, en ton courroux ne me veuille 
arguer ni en ta colère me corriger. 

Sire, aie pitié de moi, car je suis 
très infirme et malade. Sire, guéris- 
moi car tous mes os sont troublés. 

Et mon âme est trop troublée. Et 
toi, Sire, jusques à quand ? 
. Sire, retourne-toi vers moiet délivre 
mon âme. Sauve-moi, par ta miséri- 
corde. 


184 LIVRE DE PRIÈRES 


Car nul n’est qui, en la mort, ait 
mémoire ni souvenance de toi. Eten 
enfer qui se confessera à toi ? 

J'ai labouré en mon pleur et gémis- 
sement : je laverai pendant chaque 
nuit mon lit, et arroserai ma couche 
de mes larmes. 

Mon œil est troublé de courroux, 
je suis envieilli et endurci contre mes 
ennemis. 

Allez arrière de moi. Vous tous qui 
opérez et faites iniquités. Car Notre- 
Seigneur a oui et écouté la voix de 
mon pleur. 

Notre Sire a oui et écouté ma prière : 
notre Sire a reçu mon oraison. 

Que tous mes ennemis soient hon- 
teux et confus grandement : qu'ils 
soient retournés et hontifiés grande- 
ment et bien hâtivement. 


PSAUME 37 

(Beati quorum.) 
Bienheureux sont ceux à qui leurs 
iniquités sont pardonnées et quittées 


LIVRE DE PRIÈRES 185 


et desquels les péchés sont couverts et 
cachés. 

Bienheureux estl’homme que notre 
Sire ne réputera pas pécheur qui n’a 
en son esprit ni fausseté ni déception. 

Et parce que je me suis tenu coi et 
me suistu mes os sontenvieillis, quand 
je clamais à toi tout le jour. 

Car jour et nuit s’est aggravée ta 
main sur moi. Je me suis converti et 
tourné, en ma misère et grief malheur, 
quand on piquait en moi l’épine. 

Je t'ai fait connu et révélé mon pé- 
ché; et ma non-justice et mauvaiseté 
je ne l'ai nicelée ni omise. 

J'ai dit queje confesserais ma mau- 
vaiseté à notre Seigneur contre moi 
et tu m'as fait quitte et pardonné la 
mauvaiseté de mon péché. 

Pour avoir cette grâce, priera toi 
tout homme saint quand lieu et temps 
sera. 

Et tous courants ou déluges de gran- 
des eaux ne s’approcheront pas de lui. 

Tu es mon refuge contre la tribula- 

24 


186 LIVRE DE PRIÈRES 


— 


tion qui me court sus et qui m'a as- 
sailli. Toi qui es ma joie, délivre-moi 
et garde-moi de ceux qui tout autour 
m'ont assailli. 

Je te donnerai enseignement et en- 
tendement en cette voie où tu chemi- 
nes; j'arrêterai et fixerai mes yeux sur 
toi. | | 

Gardez-vous d’être comme les che- 
vaux et les mulets qui n’ont niraison 
ni entendement. 

Contrains en bride et en freins les 
joues et mâchoires de ceux qui ne veu- 
lent pas s'approcher. 

Nombreux sont les fléaux et les pu- 
nitions du pécheur et mauvais homme; 
mais celui qui se fie et met son espé- 
rance en Notre-Ssigneur trouvera mi- 
séricorde. 

Ayez liesse en Notre-Seisneur, vous 
qui êtes justes : et réjouissez-vous en 
lui tous les droituriers de cœur. 


LIVRE DE PRIÈRES 187 


PSAUME 37 


(Domine ne in furore 1u0.) 


Sire, en ton courroux ne me veuille 
presser ; ni en ta colère ne me veuille 
corriger | 

Car tes flèches sont fichées en moi, 
et tu as mis la main sur moi. 

Ma chair et mon corps ne peuvent 
avoir santé par peur de ta colère et de 
ton indignation; et mes os n'ont 
nulle paix à cause de la grandeur de 
mes péchés. 

Car mes iniquités ont dépassé ma 
tête, comme un lourd et pesant faix 
elles se sont aggravées et pèsent sur 
moi. 

Pourries sont et pleines de corrnp- 
tion les plaies de mes péchés, par la 
grandeur de ma folie. 

Et je suis misérable tout penché 
humilié et abattu jusqu’à la fin et en- 
tièrement sans pouvoir me relever : 
tout le jour je m’en vais dolentet triste. 


188 LIVRE LE PRIERES 


Car mes reins sont tout remplis d'il- 
lusions et de confusion et ma chair 
n’a nulle santé. 

Je suis très affligé et en tristesse, et 
très abattu, humilié et fouaillé, et je 
braille douloureusement par la douleur 
que je sens au cœur. 

Sire, devant toisont tous mes désirs 
et toute mon attente, mon pleur et gé- 
missement ne te sont pas ignorés. 

Mon cœur est très troublé en moi : 
force et vertu m'ont laissé et me man- 
quent, etla lumière de mes yeux elle- 
même n'est plus avec moi! 

Mes propres amis et mes proches 
même se sont approchés contre moi et 
me sont contraires. 

Et ceux qui m'étaient amis se sont 
retirés arrière de moi, et ceux qui veu- 
lent mon âme et ma vie me font force 
et violence. 

Et ceux qui cherchent et pourchas- 
sent le mal contre moi, et toujours ont 
pensé malice et fausseté. 

Et moi comme un sourd, je ne vou- 


LIVRE DE PRIÈRES 189 


0 d 


lais niles écouter ni ouïr, et comme 
un muet je n’ouvrais pas la bouche. 

Et je suis devenu comme un homme 
qui n’ouît rien et qui n'a point de 
paroles en sa bouche pour se venger 
et contre-accuser. 

Car, Sire, jemefie à toi. Tu m'é- 
couteras, Sire qui es mon Dieu. 

Car j'ai dit : que mes ennemis 
n'aient jamais joie sur moi ni de moi! 
Maisquandilsont vu mes jambes trem- 
bler de peur, alors ils ont dit haute- 
ment de grandes choses et parlé sur 
moi. 

Et je mesuis tout préparé aux fléaux 
et aux coups, et ma douleur et mon 
malheur sont toujour$ devant moi en 
souvenance. 

Et j’annoncerai mon iniquité et je 
penserai à mon péché. 

Et mes ennemis vivent et sont forti- 
fiés et enforcis contre m91; et se sont 
multipliés ceux qui m'ont haï mau- 
vaisement. 

Ceux qui rendent mal pour bien, 


190 LIVRE DE PRIÈRES 


médisent et parlent de moi par der- 
rière, parce que je suivais la bonté. 
Sire qui es mon Dieu, ne me veuille 
pas laisser ni t’éloigner de moi. 
Veille à mon aide et à m'aider, Sire 
Dieu de mon salut ! 


PSAUME 50 


(Miserere imei Deus.) 


O Dieu, aie pitié de moi, selon ta 
grande miséricorde! 

Et selon la multitude et la grandeur 
de tes misérations et pitiés ôte et ef- 
face ma griève iniquité. 

Et plus encore, Sire, lave-moi de 
mon iniquité et nettoie-moi de mon 
péché. | 

Car je connais mon iniquité et mon 
péché est devant moi et contre moi! 

A toi seul j'ai péché et contre toi, 
et j'ai mal fait devant toi, pour que tu 
sois justifié en tes annonces, et que tu 
l’emportes quand tu juges. 


LIVRE DFE PRIÈRES 191 


Voici : je suis conçu en iniquité et 
en péché ma mère m'a conçu. 

Voici : tu as aimé le vrai : les se- 
crets et mystères de ta sapience tu me 
les a révélés et manifestés. 

Sire : tu m’arroseras d’hysope et de 
ton aspergès etarrosoir et je serai net- 
toyé. Tu me laveras et je serai plus 
blanc que neige. 

Tu donneras à mon ouïe joie et 
liesse et mes os humiliés et foulés se 
réjouiront. | 

Détourne et ôte ta face de mes pé- 
chés : efface et détruis toutes mes ini- 
quités. 

O Dieu, crée en moi un cœur pur et 
net : esprit droit et juste renouvelle 
en mes entrailles. 

Ne me boute pas en arrière de ta 
face et n'ôte pas de moi ton saint 
esprit. | 

Rends-moi la liesse de ton salut et 
confirme-moi dans le fort et principal 
esprit. 


J'enseignerai tes voies aux mauvais, 


192 LIVRE DE PRIÈRES 


et les pécheurs et mauvais se converti- 
ront à toi. 

Délivre-moi de mes péchés, Sire, 
qui es le Dieu de mon salut, et ma 
langue louera et prèchera joyeusement 
ta justice. 

Sire, tu ouvriras mes lèvres et ma 
bouche annoncera ta louange. 

Car si tu eusses voulu, je t’eusse sa- 
crifié et fait offrande; mais tu ne te 
délectes point dans les sacrifices. 

Sacrifice plaisant et gracieux à Dieu 
est esprit contrit et repentant : Cœur 
contrit et humilié Dieu ne dédaignera 
et ne refusera pas. 

Sire, en ta bonne volonté fais douce- 
ment et bénignement à Sion, afin que 
les murs de Jérusalem soient édifiés. 

Alors te plairont et seront agréables 
Jes sacrifices et offrandes de justice. 
Alors ils mettront leurs veaux sur ton 
autel. 


LIVRE DE PRIÈRES 193 


PSAUME IOI 


(Domine exaudi orationem meam.) 


Sire, oïes et écoute mon oraison : 
que ma clameur vienne jusqu’à toi! 

Ne détourne pas ta face et ton re- 
gard de moi : quel que soit le jour où 
tu me vois en tribulation et revers, 
incline ton oreille pour m’ouir. 

En quelque jour que je te prie et 
t’appelle en priant, hâtivement écoute- 
moi. 

Car mes jours défaillent, ils sont 
allés à néant comme fumée, et mesos, 
comme une chose rôtie et brûlée, sont 
tout desséchés. 

Je suis frappé et battu comme foin 
et mon cœur est séché, car j’ai oublié 
de manger mon pain. 

Par suite de mon pleur et de mon 
gémissement ma chair s’est collée sur 
mes os. | 

Je suis devenu semblable au pélican 


du désert, ou comme les chauves-sou- 
| 25 


194 LIVRE DE PRIÈRES 


ris ou comme les chats-huants qui 
volent la nuit dansles hôtels. 

J'ai vieilli, je suis devenu comme 
les passéreaux ou les moineaux soli- 
taires sur un toit. 

Toujours mes ennemis me repro- 
chaient et m'improuvaient. Ceux qui 
devant moi me louaient et fêtaient, 
juraient contre moi par derrière et 
faisaient conspiration et alliance. 

Et je mangeais cendre en lieu ce 
pain et comme pain, etje mêlais mon 
breuvage de larmes. 

Par peur de la colère de ton indi- 
gnation, caren m'élevant tu m'as tré- 
buché et blessé. 

Mes jours s’en sont allés et ont dé- 
cliné comme un peu d'ombre et je 
suis séché comme foin. 

Et toi, Sire, tu dures toujours, ton 
mémorial et ta renommée durent 
toujours de génération en généra- 
tion. 

Tu te lèveras et dresseras et tu au- 
ras pitié et merci de Sion ; car le temps 


LIVRE DE PRIÈRES 195 


est venu d’avoir pitié d’elle et main- 
tenant en vient le temps. 

Car ses pierres ont été gracieuses et 
plaisantes à tes sergents; ils auront 
pitié et merci de sa terre. 

Et les gens, Sire, redouteront ton 
nom et tous les rois de la terre crain- 
dront ta gloire. 

Car notre Sire a édifié Sion : elle 
sera vue en sa gloire. 

Il a regardé l’oraison des humbles 
et n'a point repoussé leur prière. 

Que ces choses ici soient écrites 
pour les autres générations d’après et 
les peuples qui seront créés loueront 
notre Seigneur. 

Car il a regardé de son très haut 
sanctuaire. Notre Sire a regardé du 
ciel en terre. 

Pour ouïr les pleurs et les gémisse- 
ments des pauvres qui sont liés et en 
prison et pour délivrer les enfants de 
ceux qui ont êté tués. 

Pour annoncer à Sion le nom denotre 
Seigneur et sa louange à Jérusalem. 


196 LIVRE DE PRIÈRES 


Pour mettre ensemble et tout en un 
les peuples et tous les rois pour servir 
notre Seigneur. Il lui a répondu, en 
la voie de sa vertu et de sa force : An- 
nonce-moi la petitesse et brièveté de 
mes jours. 

Ne me rappelle pas au milieu de 
ma vie et de mes jours : degénération 
en génération durent tes ans. 

Dès le commencement, Sire, tu as 
fondé et fait la terre, et les cieux sont 
l’œuvre et la façon de tes mains. 

Ils périrontetiront à néant et tu de- 
meures à toujours; et tout deviendra 
vieux et ancien comme fait un vête- 
ment. | 

Et comme une couverture tu les 
changeras et ils seront changés ; et toi, 
Sire, tu es toujours au même point, 
et tes ans jamais ne s’épuiseront. 

Et les fils dettes sergents habiteront 
devant toi et leur lignée et semence 
toujours sera dirigée et persévérante. 


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LIVRE DE PRIÈRES 197 


PSAUME 39 


(De profundis.) 


Des fonds les plus bas, Sire, j'ai crié 
vers toi. Sire, écoute-moi, entends 
ma prière et ma voix! 

De tes oreiles veuille ouïr et écouter 
la voix de ma prière! 

Sire, si tu prends garde à nos ini- 
quités, Sire, qui le pourra soutenir ni 
porter? 

Mais parce qu'avec toi et en toi est 
propitiation et pitié, Sire, À cause de 
tes préceptes j'ai espéré. 

Mon âme a attendu dans l’espérance 
qui vient de sa parole : mon âme a 
espéré en notre Seigneur. 

Dès la garde du matin jusqu’à la 
nuit, Israël espère en notre Seigneur. 

Car en notre Seigneur et devers 
lui est miséricorde et copieuse et abon- 
dante rédemption. 

Et il rachètera Israël de toutes ses 
iniquités | 


198 LIVRE DE PRIÈRES 


PSAUME 142 


(Domine exaudi orationem meam.) 


Sire, oïes et écoute mon oraison : 
par tes oreilles reçois et entends ma 
prière; en ta vérité et en ta Justice 
écoute-moi. 

N’entre pas en jugement contre ton 
sergent, car nul qui vit ne peut être 
devant toi ni juste ni justifié. 

Car l'ennemi a persécuté mon âme, 
il a humilié et foulé ma vie jusqu’à 
terre. 

Il m'a mis et placé en lieux obscurs 
et pleins de ténèbres avecles morts du 
siècle et mon esprit a été angoisseux 
en moi et mon cœur est troublé en moi. 

Je me suis ressouvenu et j’ai ressou- 
venance des anciens jours et j'ai pensé 
diligemment à toutes tes œuvres, aux 
actes de tes mains. 

J'ai tendu mes mains vers toi: mon 
âme est devant toi comme terre sans 
eau. 


LIVRE DE PRIÈRES 199 


Bientôt et bien hâtivement, Sire, 
écoute-moi car mon esprit défaille sous 
le malheur et sous son poids. 

Ne détourne pas ta face de moi, car 
je serais semblable à ceux qui descen- 
dent au lac et au fond d’enfer. 

Fais-moi voir au matin ta miséri- 
corde car j'ai espéré en toi! 

Fais-moiconnaître la voieoù je dois 
aller, car j'ai élevé mon âme à toi. 

Délivre-moi de mes ennemis, Sire; 
je me suis enfui à toi et à ton refuge. 
Enseigne-moi à faire ta volonté, car 
tu es mon Dieu. 

Ton bon esprit me mènera à la 
droite terre; par ton nom, Sire,tu me 
vivifieras en ton équité! 

Tu tireras mon âme hors de tribu- 
lation et de malheur, et en ta miséri- 
corde tu dissiperas et perdras tous mes 
ennemis | 

Tu perdras et détruiras tous ceux qui 
tourmentent et mettent en malheur 
mon âme, car je suis ton sergent! 


RÉFLEXION SUR LA PRIÈRE 
PAR 
MONTAIGNE 
1580 


20 


GECCCECCCCEeS 


QU'IL FAUT PRIER DE CŒUR 


OUS prions par usage et par 
coutume, ou, pour mieux 
dire, nous lisons ou pro- 

nonçons nos prières ; enfin ce n'est 
que mine ! Le signe de croix, que j'ai 
en grande révérence et continuel 
usage, même quand je bâille, il me 
déplaît le voir faire trois fois au bene- 
dicite, autant aux grâces, pendant que 
je vois toutes les autres heures du jour 
occupées à la haine, à l’avarice, à l’in- 
justice! Aux vices leur heure : son 
heure à Dieu, comme par compensa- 
tion et composition! 


204 LIVRE DE PRIÈRES 


Nous invoquons Dieu et son aide au 
complot de nos fautes et le convions 
à l'injustice : l’avaricieux le prie pour 
la conservation vaine et superflue de 
ses trésors; l’ambitieux pour ses vic- 
toires et la conduite de sa fortune ; 
le voleur l’emploie à son aide pour 
franchir le hasard et les difficultés qui 
s'opposent à l'exécution de ses mé- 
chantes entreprises, ou le remercie de 
l'aisance qu'il a trouvée à détrousser 
un passant : au pied de la maison qu’ils 
vont escalader ou forcer ils font leurs 
prières, l'intention et l'espérance 
pleines de cruauté, de Juxure et d’a- 
varice!.…... 

Une vraie prière est une religieuse 
réconciliation de nous à Dieu; elle ne 
peut tomber en uneâmeimpure etsou- 
mise alors même à la domination de 
Satan. Celui qui appelle Dieu à son 
assistance pendant qu'il est dans le 
train du vice, il fait comme le coupeur 
de bourse qui appellerait la justice à 
son aide, ou comme ceux qui produi- 


LIVRE DE PRIÈRES 205 


sent le nom de Dieu en témoignage 
de mensonge. 

Il semble, à la vérité, que nous nous 
servons de nos prières comme d’un 
jargon et que nous pensions que leur 
effet dépend de la contexture, ou du 
son, ou de la suite des mots ou de 
notre contenance! Car ayant l’âme 
pleine de concupiscence, non touchée 
de repentance ni d'aucune réconcilia- 
tion envers Dieu, nous lui allons pré- 
senter des paroles que la mémoire 
prête à notre langue; et nous espé- 
rons en tirer une expiation de nos 
fautes ! 

I n’est rien si aisé, si doux, et si 
favorable que la loi divine : elle nous 
appelle à soi, si coupables et si détes- 
tables que nous soyons; elle noustend 
les bras, et nous reçoit en son giron, 
si vils, si salis et bourbeux que nous 
soyons et que nous devions être à l’a. 
venir; mais encore en compensation, 
la faut-il regarder de bon œil; encore 
taut-il recevoir ce pardon avec action 


206 LIVRE DE PRIÈRES 


de grâces, et, au moins dans le mo- 
ment même où nous nous adressons à 
elle, avoir l’âme fâchée contre ses fau- 
tes et ennemie des passions qui nous 
ont poussés à l’offenser ! 


NA MN NO 


TABLE DES MATIÈRES 


PRÉFACE ee +  Y 


PREMIÈRE PARTIE 
PRIÈRES DE Gasron PHÉBUS 


Prière à Dieu . . . . . . . . 3 
Prière aux saints . . . . . . . 7 
Prière à l’ange gardien . . . . +. 11 
Attributs de Dieu . . . . . . . 13 


Bonté de Dieu . . . . . . . . 17 
Dieu voit tout. « « « +. . *. . 21 
Le bien vient de Dieu eut Dr 23 


Incertitude du salut . . , . . . 27 
Le péché . . . . . . . . + . 29 
Livni. + a SL se sue 9 
Effets du péché. . . . . . . . 37 
Faiblesse de l’homme. . . . . +. 41 
Lamoft ss sr Lee ss D 
Le jugement. . . . . . . . . 47 
Lédiablé:s 4 4 Le à ee 4 à 4e 
Retour à Dieu. . . . . . . . 25 


208 TABLE DES MATIÈRES 


Sentiments d’humilité 
Avant la confession . . 
Confession . . ds 2 
Sentiments de contrition 
Pour obtenir pardon . ... 
Pour demander miséricorde: 
Appel : à la bonté de Dieu - 


Pour demander la crainte de Dieu 
Pour demander l’amour de Dieu. 
Pour demander l’aide de Dieu. 


Pour demander les vertus . 


Sentiments de reconnaissance . 


Actions de grâces . . . . 


SECONDE PARTIE 


DEPUIS Gasron PHÉBUS 


Prière du matin. . . . . 
Prières pour le repas. . . 
La messe. . . . ci 
Les psaumes de la messe . 
Pour la communion . . . 


Douze bienfaits de l’eucharistie . 
Quinze pensées sur l’eucharistie. 


Les vêpres du dimanche . 
Les psaumes de la pénitence 
Réflexion sur la prière . . 


Dijon. — Imprimerie Darantiere. 


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